mardi, 24 juin 2008

Pilori moderne

Il existe de nombreuses raisons de détester un film : mauvais scénario, réalisation stupide ou indigente, acteurs insupportables,... la liste est longue. Néanmoins, les arguments avancés contre Arnaud Desplechin et son Conte de Noël par la critique historienne Emmanuelle Retaillaud-Bajac dans les pages Opinions du Monde me semblent tout à fait inédits : il s'agit de reprocher au film de traiter d'un sujet pas assez moderne. Présenter une famille bourgeoise française dans une œuvre, même si ce n'est pas pour la glorifier, est a priori un crime qui mérite comparution immédiate au tribunal de la pensée réglementaire. 

La preuve : 

« Quand ses collègues [à Desplechin] essaient de tâtonner vers autre chose (des rockeuses, des marginales, des filles entre elles chez Assayas ou Honoré...), il s'affirme, de film en film, comme un jeune vieillard fièrement cramponné à son système. (...) On saccage avec fracas la belle baraque bourgeoise, sans jamais prendre le risque d'aller voir dans le jardin d'à côté, où les choses pourraient bien se passer d'une manière plus contemporaine, plus complexe. Des Arabes ou des métisses, des agriculteurs ou des cadres moyens, des bisexuels ou des refoulés, des grosses ou des androgynes ? "Pas mon affaire", semble clamer le cinéaste, qui, trop occupé à secouer le cocotier, ne voit pas qu'il s'efforce surtout d'éprouver la solidité de ses racines. Elles sont blanches, bourgeoises, mâles, hétérosexuelles et, sur le fond, assez conservatrices et misogynes. »

 

J'aime bien la clémence du « assez » qui laisse penser qu'on donnera deux minutes à l'accusé pour répondre avant de lui couper la tête, quand on aurait pu le faire sur-le-champ. L'article entier est à lire ici

 

 

lundi, 02 juillet 2007

Sujet

Question 1
Sachant que les résultats du baccalauréat 2007 sont « en légère progression » selon le ministère de l'Education nationale, vous démontrerez que le niveau monte en étayant votre raisonnement.

Question 2
Calculez le taux de progression sur les vingt dernières années en vous appuyant sur les statistiques officielles du ministère de l'Education nationale.

Question 3
À ce rythme, toutes choses égales par ailleurs, en quelle année le taux de réussite à 100% croisera-t-il le SMIC à 1500 euros ? Vous justifierez votre réponse par un graphique.

lundi, 21 mai 2007

Examen de fin d'année

Je dois refaire ma carte d'identité arrivée à expiration. Il y a quelques semaines j'avais remarqué une cabine Photomaton qui essayait d'attirer le client de façon fun comme il se doit, mais sans oublier une mise en garde effrayante : « Attention ! Ne souriez pas », sous peine que la photo ne puisse pas servir pour des papiers officiels. Avant d'aller me faire tirer le portrait, j'ai donc cherché les informations de conformité sur le site du ministère de l'intérieur. Oh là là...!?!!...!

Ne reste plus qu'à croiser les doigts pour que le correcteur soit bien luné, j'espère la mention passable.

samedi, 03 mars 2007

Che Caviara

Dans la vitrine du tabac haut de gamme en bas de chez moi, il y a un grand coffret de cigares de luxe orné d'un portrait de Che Guevara, étiqueté 2650 €... À quand le marteau en or massif et la faucille en platine rhodié ?

samedi, 03 février 2007

Pensée magique

Après les fanfares qui libèrent les otages, après les téléviseurs éteints au lieu d'être en veille qui sauvent la planète, après les concerts qui nourrissent les pauvres, après les sandwiches géants qui guérissent les myopathes, voici le parfum qui lutte contre le sida (dont on apprend après une rapide recherche qu'il sent la cocotte).

jeudi, 04 janvier 2007

Le droit des moutons à être gays, et autres calembredaines

Par les temps qui courent on a souvent l'impression de rêver éveillé, notamment grâce à l'organisation américaine PETA qui défend les animaux et qui atteint souvent le summum du délire. Pourquoi ne peut-on dénoncer des pratiques comme l'élevage de poulets en batterie ou le gavage des oies sans tomber immédiatement dans le fanatisme végétalien et le manque de discernement absolu ? C'est un mystère... Les militants de PETA en arrivent à idolâtrer les animaux de façon telle qu'il ne voient pas le ridicule d'un slogan comme : « Fish are friends, not food » (les poissons sont nos amis, pas de la nourriture), ni le grotesque qu'il y a à dénoncer le « traumatisme » des ânes et des bœufs figurant dans les crèches vivantes à Noël. L'association donne la définition suivante des animaux : « des êtres totalement dépendants de notre compassion et de notre engagement à les défendre. » Avec de tels raisonnements, on a vite fait de préférer les animaux (= gentils) aux hommes (= mauvais).
La dernière en date, c'est PETA qui s'indigne d'une étude menée par une université de l'Oregon sur les moutons homosexuels, et qui a réussi à mobiliser la joueuse de tennis Martina Navratilova comme porte-parole de la cause des moutons gays. Défense de rire. Que cela, précisément, ne fasse pas rire, est le signe définitif que nous nageons en plein onirisme. 

dimanche, 31 décembre 2006

Finissons l'année en beauté

Voilà un mois que je reçois le Figaro bien involontairement chaque jour, grâce à un abonnement que j'ai gagné (sans avoir joué à rien, comme c'est l'ordinaire aujourd'hui). Et avec le Figaro viennent ses montagnes de suppléments. Je descends la poubelle à papier deux fois plus souvent. 

Le supplément Madame Figaro du 30 décembre 2006 présente un article merveilleusement synthétique de toute notre époque, sous le titre « Que feriez-vous pour changer le monde ? ». On a posé la question à onze personnalités, qu'on a prises en photo (en noir et blanc, c'est plus stylé) en train de se donner la main façon ronde-de-l'amitié, chaîne-de-l'espoir ou ce genre de sornettes récurrentes. Sous chaque personne photographiée, son nom et sa réponse. Quand je vois le résultat, j'ai envie de chanter et de danser : c'est BEAU, et mon cœur s'emplit de barbapapa.

 

- Il y a les réponses « politiques » (guillemets obligatoires) : « Inventer des leviers pour les pays du Sud », selon Claude Bébéar. « Lutter contre les inégalités » répond Axel Kahn qui ne sait plus quoi faire pour ressembler à un Bisounours. « Défendre la démocratie à tout prix » nous dit Francine Leca, chirurgienne – comme on dit, ce genre de réponses, ça ne mange pas de pain. « Changer la donne dans les lycées » se préoccupe Richard Descoings, directeur de Sciences Po, l'inventeur du concours injuste. « Inverser la tendance du tout-jetable » propose Nathalie Kosciusko-Morizet, députée de l'Essonne. Et « Créer une charte de la citoyenneté du monde »  pour Valérie Accary, présidente de l'agence de publicité BBDO Paris, qui à mon avis n'est jamais sortie de Paris pour claironner un truc pareil. Déjà le Français moyen a tendance à se moquer comme d'une guigne d'une telle charte – concept à la mode s'il en est – alors imaginons le paysan turkmène ou le trader américain. Et puis, les citoyens du monde, ce sont ceux qui ont vu tous les grands aéroports de la planète mais guère autre chose, non ? "Quoi tu n'es jamais allée aux Etats-Unis ??? Mais pourquoi ??? Tu devrais faire le Brésil, j'ai vachement aimé."

 

- La réponse  « philosophique » : « Se créer un but plus important que soi », en même temps le gars (Luiz Seabra) qui dit ça est PDG d'une entreprise de cosmétiques. Chacun ses ambitions.

 

- Les réponses à côté de la plaque : « Relever le défi du vieillissement » (???) selon la créatrice de mode Véronique Leroy et « Dire haut et fort que la drogue est un piège » selon la jeune actrice Sara Forestier (à l'élocution tellement gracieuse).

 

- Les réponses ravies et ravissantes : « Mettre en avant la beauté de la vie » pour Christine Janin, alpiniste et médecin, et surtout, surtout, la palme à la journaliste Marie Drucker qui déclare « Décréter le bonheur comme projet collectif ».

 

Avec ça, nous voilà vaccinés pour entrer dans la nouvelle année, que je souhaite faste à tous mes lecteurs ! 

lundi, 11 décembre 2006

Fête des lumières®

À Lyon, la Fête des lumières® est enfin terminée après quatre jours de dispositifs, d'installations vivantes, de projets, de fresques géantes, de lumignons capteurs, de mises en espace et de réinterprétation de la temporalité à travers la participation du public acteur de l'architecture. 

Cette fête, rappelons-le utilement, est une fête religieuse qui a pour vocation de remercier Marie, chaque 8 décembre.

Tout le monde a pu l'oublier cette année avec une fête étalée du jeudi au dimanche, sur laquelle la mairie a copieusement communiqué pour vanter toutes les illuminations spectaculaires prévues. Il faut savoir que la marque « Fête des lumières » est déposée depuis 2003, ce qui permet de vendre des produits dérivés et d'utiliser un logo. Pour le chaland, la promenade dans les rues à la nuit tombée a ressemblé à un parcours résumé et condensé du monde d'Homo festivus. Sur chaque place illuminée, un petit texte pour présenter l'œuvre se donnait à voir, dans le plus pur style festiviste. Florilège pour le plaisir :

« Un tramway rose bonbon brave la grisaille de l’hiver pour un voyage voluptueux et un tramway bleu, pour une plongée dans un univers azuréen. Ces deux couleurs opposées se reflètent à l’intérieur du tramway créant des ambiances contrastées et futuristes. »

« Une symphonie lumi-végétale en plein cœur de Lyon : rue de la République, ce sont des milliers de feuilles de miroir qui s’adonnent au soleil le jour et aux lumières de la nuit au sein de cet "Hiver de glace" mis en scène par Mourka Glogowski. Rue Édouard Herriot, des inflorescences germées du ciel s’épanouissent au-dessus des têtes comme d’improbables lustres. Signée David Lesort et Arnaud Giroud (Pitaya), "Lux Sky Flower" est une invitation à se rencontrer et à s’embrasser sous chaque bouquet de lumière… » [Pour avoir vu en vrai, en gros on a mis des feuilles d'alu dans les arbres et des couronnes de fleurs métalliques éclairées par des ampoules 100W au dessus de la rue.]

« Dans l’intimité de la place des Célestins fleurit un jardin extraordinaire, où se mêlent art poétique et installation vivante. Vous vous sentez attiré par le clignotement doucereux de "gyrofleurs" roses disséminés dans les massifs. Une brume légère s’élève des deux bassins, irisée de couleurs changeantes et d’images projetées. La monumentale façade du théâtre se mue alors en une immense ruche, refuge d’une multitude d’insectes bourdonnants révélés par les lumières ambiantes. Bruissements, effluves estivales [sic] et vrombissements remplissent le silence de la nuit et s’accordent à la partition de Mozart. » [En vrai, la façade était illuminée d'images d'insectes avec vaporisation d'un produit du genre "parfum d'intérieur Nature & Découvertes", c'est-à-dire que ça pue la molécule de synthèse. Je dois être sourde car je n'ai pas entendu les vrombissements mozartiens.]

Bref, beaucoup, beaucoup de bullshit devant des gens qui ne savaient pas s'ils devaient accepter de croire à ce qu'il y avait marqué sur le programme... Petite note réjouissante, le gros de la fête était prévu sur la place Bellecour, où trône une statue équestre monumentale de Louis XIV : elle devait être recouverte d'une sphère luminescente afin de donner l'impression qu'elle était dans une boule à neige (!!!) sur laquelle aurait été écrit « I LOVE LYON » . C'était sans compter sur la pluie, qui a obligé à démonter ce machin au bout d'une journée avant même le début des festivités, « En raison des intempéries cette installation est définitivement annulée ». Ce brave Louis a dû intercéder auprès du Seigneur pour envoyer le déluge ! Cela n'a toutefois pas empêché deux façades en bord de Saône d'être illuminées de la projection en 30 x 15 mètres du logo d'une compagnie d'assurance "partenaire de l'événement". Vraiment, la Fête des lumières® n'a plus rien à voir avec le 8 décembre.

lundi, 04 décembre 2006

Panem et sexum

medium_preservatif_20c.jpgVoilà quelques jours qu'une vaste opération consistant à vendre chez les buralistes des préservatifs à 20 centimes* bat son plein [*le prochain que j'entends préciser « 20 centimes d'euro » – comme si l'on n'avait pas changé de monnaie depuis plus de cinq ans – je le pends par les oreilles]. C'est ainsi qu'on a pu voir à la télévision des hommes politiques en costume expliquer, capote à la main, que cela allait permettre de limiter la propagation des maladies sexuellement transmissibles. Outre l'élégance d'une telle scène, je ferais remarquer que l'opération en question s'appelle « Make Love » : être contre les MST, c'est bien, mais surtout surtout, il faut baiser ! Les malheureux qui choisiraient de s'abstenir sont définitivement ringards, vous êtes prévenus. Enfin, tu es prévenu, car l'affiche explique que la vente se fait « chez ton marchand de journaux ». Comprendre : si tu baises, c'est que tu es cool, donc tu es jeune, donc on te tutoie gratis ! 

À ce sujet je lis dans Valeurs actuelles de cette semaine (dont la nouvelle maquette ressemble à s'y méprendre à celle de Marianne, soit dit en passant...) : « Certains veulent aller plus loin : Reda Sadki, du Comité des familles pour survivre au sida, estime que "pour les séropositifs, le préservatif représente un budget au même titre que le pain" et exige la gratuité. » Mon loyer représente un budget, j'exige la gratuité. Mon chauffage représente un budget, j'exige la gratuité. Mon shampooing représente un budget, j'exige la gratuité... Notre société ne peut décemment s'étonner d'engendrer des revendications aussi saugrenues, suite logique d'une représentation collective faussée de la chose politique.


mardi, 21 novembre 2006

« Le Sourire à visage humain »

Article de Philippe Muray paru en 2004.

 

Notre époque ne produit pas que des terreurs innommables, prises d’otages à la chaîne, réchauffement de la planète, massacres de masse, enlèvements, épidémies inconnues, attentats géants, femmes battues, opérations suicide. Elle a aussi inventé le sourire de Ségolène Royal. C’est un spectacle de science-fiction que de le voir flotter en triomphe, les soirs électoraux, chaque fois que la gauche, par la grâce des bien-votants, se trouve rétablie dans sa légitimité transcendantale. On en reste longtemps halluciné, comme Alice devant le sourire en lévitation du Chat de Chester quand le Chat lui-même s’est volatilisé et que seul son sourire demeure suspendu entre les branches d’un arbre.

On tourne autour, on cherche derrière, il n’y a plus personne, il n’y a jamais eu personne. Il n’y a que ce sourire qui boit du petit-lait, très au-dessus des affaires du temps, indivisé en lui-même, autosuffisant, autosatisfait, imprononçable comme Dieu, mais vers qui tous se pressent et se presseront de plus en plus comme vers la fin suprême.

C’est un sourire qui descend du socialisme à la façon dont l’homme descend du cœlacanthe, mais qui monte aussi dans une spirale de mystère vers un état inconnu de l’avenir où il nous attend pour nous consoler de ne plus ressembler à rien.

C’est un sourire tutélaire et symbiotique. Un sourire en forme de giron. C’est le sourire de toutes les mères et la Mère de tous les sourires.

Quiconque y a été sensible une seule fois ne sera plus jamais pareil à lui-même.

Comment dresser le portrait d’un sourire ? Comment tirer le portrait d’un sourire, surtout quand il vous flanque une peur bleue ? Comment faire le portrait d’un sourire qui vous fait mal partout chaque fois que vous l’entrevoyez, mal aux gencives, mal aux cheveux, aux dents et aux doigts de pieds, en tout cas aux miens ?

Comment parler d’un sourire de bois que je n’aimerais pas rencontrer au coin d’un bois par une nuit sans lune ?

Comment chanter ce sourire seul, sans les maxillaires qui devraient aller avec, ni les yeux qui plissent, ni les joues ni rien, ce sourire à part et souverain, aussi sourd qu’aveugle mais à haut potentiel présidentiel et qui dispose d’un socle électoral particulièrement solide comme cela n’a pas échappé aux commentateurs qui ne laissent jamais rien échapper de ce qu’ils croient être capables de commenter ?

C’est un sourire qui a déjà écrasé bien des ennemis du genre humain sous son talon de fer (le talon de fer d’un sourire ? la métaphore est éprouvante, j’en conviens, mais la chose ne l’est pas moins) : le bizutage par exemple, et le racket à l’école. Ainsi que l’utilisation marchande et dégradante du corps féminin dans la publicité.

Il a libéré le Poitou-Charentes en l’arrachant aux mains des Barbares. Il a lutté contre la pornographie à la télé ou contre le string au lycée. Et pour la cause des femmes. En reprenant cette question par le petit bout du biberon, ce qui était d’ailleurs la seule manière rationnelle de la reprendre ; et de la conclure par son commencement qui est aussi sa fin.

On lui doit également la défense de l’appellation d’origine du chabichou et du label des vaches parthenaises. Ainsi que la loi sur l’autorité parentale, le livret de paternité et le congé du même nom. Sans oublier la réforme de l’accouchement sous X, la défense des services publics de proximité et des écoles rurales, la mise en place d’un numéro SOS Violences et la promotion de structures-passerelles entre crèche et maternelle.

C’est un sourire près de chez vous, un sourire qui n’hésite pas à descendre dans la rue et à se mêler aux gens. Vous pouvez aussi bien le retrouver, un jour ou l’autre, dans la cour de votre immeuble, en train de traquer de son rayon bleu des encoignures suspectes de vie quotidienne et de balayer des résidus de stéréotypes sexistes, de poncifs machistes ou de clichés anti-féministes. C’est un sourire qui parle tout seul. En tendant l’oreille, vous percevez la rumeur sourde qui en émane et répète sans se lasser : « Formation, éducation, culture, aménagement du territoire, émancipation, protection, développement durable, agriculture, forums participatifs, maternité, imaginer Poitou-Charentes autrement, imaginer la France autrement, imaginer autrement autrement. »

Apprenez cela par cœur, je vous en prie, vous gagnerez du temps.

Je souris partout est le slogan caché de ce sourire et aussi son programme de gouvernement. C’est un sourire de nettoyage et d’épuration. Il se dévoue pour en terminer avec le Jugement Terminal. Il prend tout sur lui, christiquement ou plutôt ségolènement. C’est le Dalaï Mama du IIIe millénaire. L’Axe du Bien lui passe par le travers des commissures. Le bien ordinaire comme le Souverain Bien. C’est un sourire de lessivage et de rinçage. Et de rédemption. Ce n’est pas le sourire du Bien, c’est le sourire de l’abolition de la dualité tuante et humaine entre Bien et Mal, de laquelle sont issus tous nos malheurs, tous nos bonheurs, tous nos événements, toutes nos vicissitudes et toutes nos inventions, c’est-à-dire toute l’Histoire. C’est le sourire que l’époque attendait, et qui dépasse haut la dent l’opposition de la droite et de la gauche, aussi bien que les hauts et les bas de l’ancienne politique.

Un sourire a-t-il d’ailleurs un haut et un bas ? Ce ne serait pas démocratique. Pas davantage que la hiérarchie du paradis et de l’enfer. C’est un sourire qui en finit avec ces vieilles divisions et qui vous aidera à en finir aussi. De futiles observateurs lui prédisent les ors de l’Élysée ou au moins les dorures de Matignon alors que l’affaire se situe bien au-delà encore, dans un avenir où le problème du chaos du monde sera réglé par la mise en crèche de tout le monde, et les anciens déchirements de la société emballés dans des kilomètres de layette inusable.

Quant à la part maudite, elle aura le droit de s’exprimer, bien sûr, mais seulement aux heures de récréation. Car c’est un sourire qui sait, même s’il ne le sait pas, que l’humanité est parvenue à un stade si grave, si terrible de son évolution qu’on ne peut plus rien faire pour elle sinon la renvoyer globalement et définitivement à la maternelle.

C’est un sourire de salut public, comme il y a des gouvernements du même nom.

C’est évidemment le contraire d’un rire. Ce sourire-là n’a jamais ri et ne rira jamais, il n’est pas là pour ça. Ce n’est pas le sourire de la joie, c’est celui qui se lève après la fin du deuil de tout.

Les thanatopracteurs l’imitent très bien quand ils font la toilette d’un cher disparu.

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