vendredi, 30 septembre 2005

Éjaculateur précoce

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mercredi, 28 septembre 2005

Mépris

Notre société idolâtre les jeunes. Il faut être vigoureux, arborer une belle peau sans rides, s’amuser, ne pas se prendre la tête, avoir la fougue et l’insouciance (quitte à commettre n’importe quelle bêtise par pure inconséquence). D’ailleurs, on ne parle plus de jeunes gens, on dit « les jeunes ». Ce simple état de fait, ce constat quant à la brièveté d’une existence, leur confère tous les droits, toutes les arrogances, et pardonne d’emblée leur fréquente ignorance.

J’en fais partie, des jeunes. Et quand j’achète un billet de train sur le site de la SNCF, c’est toujours en écrasant une larme de rage que je coche les cases comme suit :
0 adulte / 1 jeune.

Être jeune : c’est un simple accident. C’est passager.

La jeunesse représentant l’horizon ultime – faut-il que nous soyons malades pour ne pas nous apercevoir de la condamnation par avance d’un tel projet de société –, tout est bon pour séduire, courtiser, racoler les heureux détenteurs de jouvence. La publicité flatte le jeune animal en utilisant grossièrement un jargon supposé lui appartenir en propre. Ainsi faut-il présenter à ces jeunes gens déjà confits dans leur suffisance, oublieux depuis longtemps des prérogatives de l’aînesse, tous leurs fabuleux avantages en leur faisant miroiter leur naïveté de ne même pas en être conscients. Ils se permettent déjà tout, et on leur dit explicitement qu’ils peuvent se comporter de manière encore plus capricieuse. Je pense particulièrement à une publicité pour un « compte jeune » dans une banque, dans laquelle on voit un ahuri de vingt ans se faire soutenir par un vieux pour traverser la rue, puis à qui on cède une place assise dans le bus, et enfin à qui un gorille (sans doute respectueux de la hiérarchie des espèces) offre sa banane à travers les grilles du zoo. Slogan : « Entre 15 et 25 ans, vous avez encore plus d’avantages que vous ne le pensez. » Étant données les manières souvent odieuses de mes jeunes semblables, un tel discours me scandalise. Non pas que je déifie forcément l’âge (comme dit Brassens, n’est-ce pas, « quand on est con, on est con, cons caducs ou cons débutants »), mais enfin nous avons perdu toute notion de respect envers la possible expérience, l’éventuelle sagesse, l’hypothétique discernement gagné au fil du temps.

Ainsi peut-on concevoir des campagnes publicitaires entièrement fondées sur le racolage actif : sur la même page, « Fais péter la news », « Exprime-toi », « Mate les délires », « Balance ta créa et fais voter tes potes pour gagner des cadeaux de fou » (je suis déçue, je voulais gagner des cadeaux de ouf)…

Ainsi peut-on nous proposer : « Déchirez les préjugés », « Liberté égalité, offre à ne pas rater ». Qui a pu penser un seul instant que l’absence de la fraternité dans cette phrase nous la rendrait invisible, alors que cette béance ne fait que souligner d’autant plus cruellement son oubli volontaire ?

Triste, triste génération censée être séduite par de telles tortures ! Il s’agit toujours de morcellement : s’éclater, faire péter, balancer, déchirer. Il faut être écartelé, tiraillé, s’anéantir dans le vacarme tutoyeur, et n’avoir aucune chance, jamais, d’espérer construire et se construire.

Pourr'i

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lundi, 26 septembre 2005

Tant mieux ou tant pis ?

Dans la vie je suis quelqu'un de très enjoué qui rit beaucoup. Mais pourquoi ai-je cette radicale impression de vivre sur une autre planète que celle de ces gens béats, pleins de bonheur, qui positivent et voient le bon côté des choses ?

Une monnaie allemande

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vendredi, 23 septembre 2005

Des piles et des poêles

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Merci à Volodia pour cette photo.

jeudi, 22 septembre 2005

New men

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La télévision et moi

Le petit débat commencé autour du JT me fait revenir sur le sujet de la télévision. Si je ne la regarde pas, je trouve bêtement snob de la mettre à l'index. "J'avais la télé, mais ça m'ennuyait, je l'ai retournée, de l'autre côté c'est passionnant ! Chuiiiiis snooob" (Boris Vian).

Sans doute le rapport que chacun entretient à la télé vient de la manière dont il a grandi avec. Petit topo sur mon enfance, donc : mes parents ont acheté un téléviseur quand j'avais quatre ans. Avant, ils en louaient un de temps en temps, et il paraît (ce dont je n'ai aucun souvenir) que mon père se gavait alors d'images pendant une semaine, regardant absolument tout, avant de rendre le poste au magasin. Je me rappelle du jour où j'étais avec lui et qu'au lieu de louer, il décida d'acheter le téléviseur, et d'en faire la surprise à ma mère.

Pour autant je ne me suis pas mise à regarder beaucoup la télé. Nombre d'émissions nous étaient interdites, à mes frères et moi. Étaient officiellement interdits :
- les jeux télévisés (alors que mon émission préférée était Le Juste Prix, que nous pouvions regarder en toute légalité les quelques jours par an que nous passions chez ma grand-mère... Quel sentiment de transgression ! Surtout que nous regardions ça en mangeant des frites, c'était le bonheur. Mais ensuite, il fallait se taper Les Feux de l'Amour, auxquels je ne comprenais goutte).
- le Club Dorothée (à mon désespoir, à l'époque), et TF1 en général
- les séries américaines
- les séries avec des rires enregistrés
- les dessins animés japonais
- les films qui ne recueillaient pas l'assentiment de Télérama (eh oui...)

Bref, je n'ai jamais regardé grand chose, mais curieusement je n'ai jamais trouvé injustes ces interdictions parentales. Il y avait quand même une grande tolérance : quand mon frère et moi nous faisions surprendre à regarder Dorothée en catimini le dimanche matin avec le son au minimum pour ne pas réveiller les autres, il n'y a jamais eu de reproches.

C'est au collège que j'ai commencé à regarder un peu plus les séries pour ados, en rentrant de cours. Mais guère plus d'une demi-heure par jour, sans doute. Je me souviens de la frustration quotidienne à la cantine quand j'étais en troisième : les copines avaient un seul sujet de conversation, à savoir l'intrigue de l'épisode de Beverly Hills diffusé la veille. Chaque midi, j'étais exclue des potins, des gloussements. A posteriori, je trouve très étrange que je n'aie jamais remédié à cette frustration en allumant simplement mon poste tous les soirs... Et tous les midis ça recommençait.

Quand j'étais au lycée, mes frères entraient aussi dans l'adolescence et nous nous sommes mis à regarder beaucoup de séries, comme Code Quantum. Mais nous avons toujours regardé des programmes choisis, à heures précises, et surtout : ensemble. Il était acquis dans cette famille qu'on ne faisait pas les choses tout seul dans son coin, et surtout pas regarder la télé. On enregistrait les films pour ne pas se coucher tard. 

En fin de compte je m'aperçois que j'ai regardé beaucoup de séries et de films, mais presque pas d'émissions. Sans doute est-ce pour cela qu'elles me sont de plus en plus insupportables, provoquant chez moi une sorte de réaction physique, comme un malaise ou une chair de poule, une démangeaison qui me pousse invariablement à éteindre.

 

(à suivre...) 

mardi, 20 septembre 2005

J'irai dormir dans la baign'oire

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lundi, 19 septembre 2005

À quoi sert le journal télévisé ?

Allumer la télé : ça ne m'arrive pas souvent, peut-être une fois par mois, et à chaque fois je le regrette. Je viens de regarder le journal de 13 heures de France 2. Et je le regrette. Élise Lucet est hilare d'un bout à l'autre du programme, on se demande bien pourquoi. Apparemment elle trouve désopilantes les pitoyables tentatives d'humour journaliste de ses collègues.

Exemple : un reportage sur le bâillement. Le sujet n'est pas inintéressant en soi, mais que diable vient-il faire au sommaire d'un journal d'une chaîne de service public ? Le reportage en question n'épargne aucun jeu de mot, aucun cliché, aucun clin d'œil dégoulinant de racolage envers le téléspectateur. On apprend ainsi qu'il ne faut pas avoir honte de bâiller puisque c'est prouvé scientifiquement que c'est bon pour la santé. Que les usages sociaux prêtent peut-être d'autres significations au bâillement n'intéresse évidemment personne. Le journaliste s'attache à répertorier dans le commentaire tous les calembours les plus désolants auxquels son petit cerveau formaté lui a permis de penser, tout en ayant chaque fois dans la voix cette étincelle autosatisfaite du minuscule fat fier de son trait d'esprit. Ainsi nous parle-t-il des "bâilleurs de fond" qui bâillent 400 fois par heure, ainsi nous dit-il que "ça fait un bail" que le docteur Bidule étudie le sujet, etc. Et il ose finir le reportage sur cette navrante conclusion : "Le mot de la fin ? Ce sera bien sûr bye-bye...".

Enfin, navrante, pas pour tout le monde, car au retour sur Élise Lucet, elle est tellement hilare qu'on croit qu'elle ne va pas réussir à enchaîner. Je ne fais qu'enfoncer des portes ouvertes, mais me rappeler chaque fois que je la regarde pourquoi je ne regarde pas la télévision est une violence dont j'ai du mal à me remettre.

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