dimanche, 30 octobre 2005

Florilège

Une pleine page de publicité à l’arrière d’un journal gratuit reprend l’affiche du nouveau film de Woody Allen, intitulé, pour le plus grand bonheur des journalistes aussi dépourvus d’imagination qu’ils sont friands de calembours piteux, Match Point, soit en français « Balle de match ». Cette publicité compile une vingtaine de citations de critiques de la presse française, pour nous inciter à aller voir ce film. C’est navrant : le rassemblement sur la même page des quelques « bons mots » pondus dans les journaux au sujet du film tourne involontairement au florilège, désolant au dernier degré, de l’indigence journalistique la plus accablante. Car tout le monde s’est fendu de son petit jeu de mot. Et chaque petit malin s’est trouvé si satisfait de sa minable pirouette qu’il a négligé les deux misérables secondes de réflexion qui lui auraient permis de prendre conscience de la facilité crâne de la référence, à laquelle la quasi totalité de ses confrères ne manqueraient pas de succomber.

Les Inrockuptibles : « Un smash d’une vigueur étonnante. Woody en pleine forme conclut tous les points gagnants. »

Ciné Live : « Jeu, set et match sous les vivats des spectateurs. »

Télérama : « Woody champion hors compétition. »

Nice-Matin : « Opus gagnant. »

Le Figaro : « Un Woody Allen en grande forme cinématographique. »

Ouest-France : « Balle de match gagnante. »

Métro : « Un Woody Allen en grande forme. »

Le Progrès : « Woody gagne son match. »

L’Est Républicain : « Un film plein de rebonds. »

lundi, 24 octobre 2005

Anthropomorphisme

La machine à café : « Je rends la monnaie. »
Le DVD du vidéoclub : « Je me raye facilement, veuillez me ranger dans mon boîtier. »
Le biscuit au chocolat : « J'ai un bon goût de chocolat. »
La bouilloire en vitrine : « Je siffle. »
Le singe au zoo : « Je viens du Kenya. »

Bonjour, ici le blog de Polyphème ! Je suis un blog très sympa, ma maîtresse est cool avec moi car je suis gentil. Lisez-moi et je vous fais plein de bisous !

lundi, 17 octobre 2005

Pause

Polyphème, le nez dans les cartons et les meubles en kit, se met en veille un petit moment.

samedi, 15 octobre 2005

Au Chien maniaque

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vendredi, 14 octobre 2005

Chroniques chroniques

De nombreux magazines de cinéma, ou plus largement à sujets culturels, se sont mis à réserver des pages pour des rubriques DVD. Et on lit souvent cet argument : "Le film est nul mais le menu du DVD est vachement bien !"

Faire-part

Un jour j'ai reçu ce faire-part de naissance, émanant d'un mien cousin :

 

Télégramme

Suis arrivé en avance - Stop - A temps pour l'apéro - Stop - Le telle date à 12h00 - Stop - Je suis grand, beau et fort - Stop - Maman est rayonnante - Stop - Papa est tout ému - Stop - Les infirmières sont mignonnes - Stop - Bref, je m'éclate - Stop - Venez vite me voir, j'ai hâte de vous connaître - Stop - Mille bisous !

--- Suivent le prénom de l'enfant et l'adresse des parents ---

 

Les parents ont sans doute voulu bien faire, ajoutant une touche "d'humour" au traditionnel faire-part. Ils ont sans doute choisi un modèle de texte proposé par l'imprimeur.
Les gens ne sont pas capables de voir ce qu'un tel faire-part induit, et laisse deviner du regard des parents sur leur enfant.


"A temps pour l'apéro" : le gamin est à peine né qu'on le marque au sceau de la beauferie.
"Je suis grand, beau et fort" : il n'a même pas eu le temps de vivre dix jours qu'il est déjà soumis au culte du corps, de la performance, de la perfection physique.
"Les infirmières sont mignonnes" : le nouveau-né se trouve déjà hypersexualisé, qui plus est de façon légèrement vicelarde.
"Bref, je m'éclate" : même pas encore construit, il est déjà éparpillé.
"Venez vite me voir" : il n'a déjà plus le temps de vivre, il faut se dépêcher.
"J'ai hâte de vous connaître" : non seulement on lui confisque la parole du début à la fin en lui faisant dire n'importe quoi, mais on projette sur lui ses propres désirs (il faut bien sûr comprendre de la part des parents : "Nous avons hâte de vous présenter notre enfant", ce qui serait fort légitime si c'était exprimé ainsi).

Il est consternant de contempler dans les vitrines des imprimeurs toutes sortes de ces faire-parts : il n'en existe presque plus où les parents annoncent la naissance, c'est toujours l'enfant qu'on fait parler en disant "je suis arrivé". La tendance trouve son prolongement dans l'éclosion des blogs de bébés, où les parents n'ont aucun scrupule à parler à la place de leur gamin et à raconter toute sa vie.
Au risque de me répéter : on ne sait plus que les enfants sont des gens.

jeudi, 13 octobre 2005

Keep off my grass

L’émission n’existe peut-être plus, rien que sa bande-annonce me donnait des boutons, jusqu’au jour où je l’ai regardée en entier. La Carte au Trésor, proposée par le Service Public, financée par la redevance.

 

De larges plans sur les riantes campagnes de France. Soudain, vrombissement infernal, hélicoptère, caméra à l’épaule, gueule hilare du présentateur. C’est déjà pénible. Ensuite, un village paisible de quelques centaines d’âmes tranquilles. Déboule alors un guignol bleu ou rouge, harnaché d’un bazar invraisemblable comme pour effectuer un raid dangereux, suivi par un caméraman haletant. Ils courent, ils remuent, ils crient. Le guignol brandit sa carte d’état-major, crie plus fort que l’hélicoptère, brasse de l’air, gesticule en tous sens et se précipite vers le premier villageois venu pour lui hurler dessus : « C’est pour la télé ! J’entre chez vous ! Je prends votre voiture ! Je fouille dans votre frigo ! ». L’argument absolu a été assené : c’est pour la télé.

mercredi, 12 octobre 2005

Everything in its right place

Aujourd'hui je profitai de me trouver à Lyon pour me mettre à la chasse du dernier numéro de la revue Éléments (ma précédente tentative à Nice était restée vaine). Afin d'augmenter les chances de rencontrer l'objet, je me rendis à la Maison de la Presse de l'énorme centre commercial de la Part-Dieu. Des centaines de magazines et de journaux couvraient des dizaines de mètres carrés. Devant cette pléthore, je m'adressai à un vendeur. Sitôt qu'il m'eut demandé de quoi parlait cette revue dont il n'avait jamais entendu le titre (je répondis vaguement : politique, réflexion, philo...), il m'emmena d'un pas assuré dans un rayonnage où je n'avais pas cherché. Éléments s'y trouvait en effet. C'était le rayon « Business & Management ».

mardi, 11 octobre 2005

Cierges

Cet été je me suis promenée en Espagne. Dans de nombreuses églises, les cierges avaient été avantageusement remplacés par des diodes électro-luminescentes orange (du même genre que les gros boutons lumineux des ordinateurs qu'on observe dans les vieux films de science-fiction) : au lieu d'allumer une vraie bougie, mettez votre obole dans la machine et une diode s'éclaire pour une durée préréglée automatiquement. Sans lumière, sans bavure, sans coulure, rapide, propre, efficace, pratique.

lundi, 10 octobre 2005

Codes

Dans un coin de ma mémoire, il y a :

 

  • le code de ma carte bancaire n°1 (4 chiffres)
  • le code de ma carte bancaire n°2 (4 chiffres)
  • le numéro inscrit au verso de ma carte bancaire n°1 (3 chiffres)
  • mon numéro de téléphone portable (10 chiffres)
  • mon numéro de téléphone fixe (10 chiffres)
  • mon numéro de Sécurité Sociale (15 chiffres)
  • mon mot de passe pour mon adresse e-mail n°1 (6 caractères minimum)
  • mon mot de passe pour mon adresse e-mail n°2 (6 caractères minimum)
  • mon mot de passe pour mon adresse e-mail n°3 (6 caractères minimum)
  • mon mot de passe pour mon adresse e-mail n°4 (6 caractères minimum)
  • mon numéro de compte en banque n°1 (8 chiffres)
  • mon code d’accès à mon compte en banque n°1 sur internet (4 chiffres)
  • le code de ma banque n°2 (3 chiffres)
  • mon numéro de compte en banque n°2 (6 caractères)
  • mon code d’accès à mon compte en banque n°2 sur internet (6 chiffres)
  • mon identifiant pour utiliser l’e-carte bleue (8 caractères)
  • mon mot de passe sur les sites commerciaux (6 caractères minimum)
  • mon mot de passe sur Haut et Fort (6 caractères minimum)
  • le code PIN de mon téléphone portable (4 chiffres)
  • mon numéro d’allocataire à la CAF (7 chiffres)
  • la recette du Bloody Mary (8 ingrédients)

 

Références client, numéros de membre, matricules de sociétaire, codes secrets, codes d’accès, « ne communiquez jamais votre mot de passe ou votre numéro de carte bancaire dans une conversation sur messagerie instantanée », identifiants, log in, log out, « n’oubliez pas de vous déconnecter (recommandé sur un ordinateur public) ».

 

– Vous avez la carte de fidélité ?
– Non. Et je n’en veux pas.

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