mercredi, 01 février 2006

Une question de vie et de mort

Hier je suis passée devant un panneau qui proposait de réaliser des échographies, des photos et des films d'enfants à naître. C'est-à-dire qu'ils ne sont même pas encore nés et qu'on vient déjà les ennuyer avec le petit oiseau qui va sortir. Mais pourquoi attendre, en effet, pour coller des photos dans un album-souvenir ?

Cette maladie de la photo à tout prix, comme pour figer l'instant et conjurer l'angoisse, ressemble à une forme d'hybris : incapable de supporter la marche du temps et la mort inéluctable, l'homme numérique photographie tout, consigne pathologiquement, s'accapare et thésaurise l'éphémère en se berçant d'illusions. Car cet effort désespéré de tout garder en images sonne aussi comme un formidable aveu d'impuissance. Notre mémoire ne peut tout retenir, alors nous essayons de prendre un maximum de photos, ce qui s'avère toujours vain et triste.

Nous ne sommes plus capables de percevoir, ni de recevoir, ni de contempler. Au lieu de regarder les enfants grandir et vivre, de les voir vraiment et de les accompagner, de se laisser toucher par eux et par ce qu'ils peuvent nous apprendre, on les mitraille de flashes et on les fige en de jolis clichés – les bambins sont d'ailleurs tellement plus mignons en photo !

Je pense à ma petite cousine dont le père avait déjà réalisé 1500 photos d'elle avant qu'elle n'atteigne l'âge d'un an... Son père a-t-il seulement eu le temps de la regarder dans les yeux, et non au travers de l'objectif ? A-t-il contemplé un seul de ses sourires sans penser à la photo qu'il aurait pu faire ? A-t-il supporté de la voir changer et devenir une enfant, la laissera-t-il devenir une femme sans l'étouffer sous les photos de son enfance ?

Je pense à l'enterrement de ma grand-mère le mois dernier, et à mon oncle qui a photographié la dépouille mortelle de sa propre mère, puis qui a pris des dizaines de photos du cercueil et même de l'intérieur du caveau après l'inhumation. Va-t-il réaliser un album ? Va-t-il poser la photo encadrée du cadavre de sa mère sur sa cheminée ?

Laissons les enfants vivre, et laissons les morts en paix. On chérit d'autant plus les photos de son enfance qu'on en possède peu, et on chérit le souvenir de quelqu'un de vivant, pas de sa dépouille.

Je ne me rappellerai jamais parfaitement les jours les plus beaux de ma vie, mais le sentiment de félicité demeure même dans un souvenir fuyant, que je chéris précisément parce qu'il m'échappe.

Commentaires

Depuis deux ou trois billets je me demande si tu ne serais pas enceinte, Poly, par hasard ?

Ecrit par : Lapinos | mercredi, 01 février 2006

Ah ? Non.

Ecrit par : Polyphème | mercredi, 01 février 2006

Mais justement, je ne parle pas ici de la photographie d'art (qui donne à voir le monde), mais de la photographie compulsive de maints propriétaires d'un appareil numérique.

Ecrit par : Polyphème | mercredi, 01 février 2006

OK. Aujourd'hui, le numérique ne limite plus le nombre d'images et surtout le travail à faire pour "traiter" chaque image et, disons, l'influencer. On mitraille et on se dit qu'il en restera toujours qque chose. OIn ne donne plus d'importance à l'instant. Dans ce cas, on est enfin d'accord sur qque chose.

Ecrit par : Hervé | mercredi, 01 février 2006

Doisneau ? Ses clichés les plus célèbres sont truqués, posés, il a été obligé de l'avouer à l'occasion du procès contre le soi-disant couple de l'Hôtel de Ville.

Ça donne à voir le monde, Doisneau ? Ça dégouline de bon sentiments niaiseux, plutôt.

Ecrit par : Lapinos | mercredi, 01 février 2006

Pour une fois, pas d’accord. Mais d’habitude, j’aime bien votre blog.

Photographier les morts s’est beaucoup fait « dans le temps », à cause de diverses croyances. C’était une époque où les gens croyaient en Dieu. Je ne juge pas, mais à votre place, j’éviterai les condamnations hâtives et les raisonnements anachroniques.

Quand on a un enfant, ou plusieurs, et qu’on l’aime, on a envie de le prendre en photo. Dans mon cas, ça n’entre pas en concurrence avec des relations riches. Et après, quand on les regarde, c’est attendrissant et génial. Moi, j’aime bien. Je n’ai pas spécialement envie de le faire savoir, mais je prends date et vous propose d’en reparler lorsque vous aurez un enfant. En revanche, Doisneau, je m’en fiche.

Embêter les fœtus ? Je crois qu’un des meilleurs moyens de contrer les slogans idéologiques des IVGistes de confort est l’image. Ils sont hermétiques à la logique, comme souvent les idéologues et se battent à coup de slogans que l’on ne peut contrer par l’argumentation. En revanche, des images qui « prouvent » qu’il n’y a pas qu’un « tas de cellule » avant la naissance font prendre conscience et obligent à regarder la réalité en face bien plus que n’importe quel discours, surtout si c’est un catho affiché qui le tient.

Si, comme je le pense, ça peut faire évoluer l’opinion publique dans un sens moins dogmatique et faire naître un courant de réflexion et de remise en cause de l’IVG en tant que moyen de contraception, il s’agit d’un moyen à promouvoir, pas à dénigrer.

Amitiés

Emrys Myrdyn

Ecrit par : Emrys Myrdyn | mercredi, 01 février 2006

Ooooh....Ben oui.... "qu'il était mignon le p'tit bout, il a cinq ans, hein il a cinq ans c'est tellement beau les enfants moi je l'aime mon bébé j'lui fait tout plein de bisous allez bébé photo, fais-moi un sourire, vas-y, fais-moi un sourire agaaahh oui ! Ca c'est bien ça bébé"...

Ce genre de conneries, aimer ? Même à cinq ans j'avais envie de taper sur toutes ces foutues imbéciles qui trouvent dans les enfants un substitut à leur manque affectif...
Tendresse et amour sont deux choses différentes... Et de tendresse à mollesse, parfois...
Dans l'amour vrai, il y a peut-être un peu plus de retenue, et comme le dit Polyphème, moins de photographies, c'est-à-dire plus de respect pour l'être qui se trouve en face de vous. Même s' il a cinq ans.

L'enfant est un être humain en puissance, respectons-le donc pour ça et pas à cause d'un attachement biologique façon "Rôôôh qu'il est beau le bébé". Le bébé, ma chose...

Ecrit par : Polem | jeudi, 02 février 2006

Bien vu, Myrdyn, on faisait faire aussi autrefois de très beaux masques mortuaires. Ce qui manque de saveur, c'est la production en série, les clichés par milliers.

Ecrit par : Lapinos | jeudi, 02 février 2006

Le plus terrifiant : l'échographie en trois, voire cinq (!) dimensions (allez voir le lien dans ma signature). Vraisemblablement dangereuse pour le foetus et complètement inutile aux médecins, elle permet aux parents d'emmerder le moutard à un moment où il aurait plutôt besoin qu'on prenne soin de lui et qu'on commence, justement, à l'aimer aveuglément, sans condition.

J'aime beaucoup ce passage de Pierre Michon :"... alors, en ce temps où n'avait pas été élaborée la mystification complaisante et retorse qui, sous couvert de protéger l'enfant, tend à ses parents un miroir flatteur, édulcoré, somptuaire" (Vies minuscules). On est en plein dedans là. Il ne respire pas encore et il faut déjà savoir s'il aura le nez de tata chose ou tonton truc.

Ecrit par : Nadine | jeudi, 02 février 2006

Non, c'est Myrdyn qui a raison, d'un mal, d'un gadget idiot peut sortir un bien. On ne pourra plus dire : "Je ne savais pas."

Les apôtres de la mort chimique du nourrisson l'ont très bien compris. Ils crient au danger pour l'enfant, au risque médical, ces salauds, ils n'ont aucune honte. L'échographie classique est inutile dans la plupart des cas, de toutes façons, et 80 % des médicaments prescrits en France sont superflus, ça n'empêche pas le business de prospérer.
L'avortement est un risque médical important. Qui le dit ?

Ecrit par : Lapinos | jeudi, 02 février 2006

Bon, j'ai regardé plus en détail le site recommandé par Nadine, et ce ne sont que de tristes confirmations : la page de témoignages de parents est accablante.
Déjà, on voit les images de plusieurs fœtus. Est-ce qu'on leur a demandé leur avis avant d'aller coller leur tronche sur internet ? Non. Je comprendrais qu'ils naissent énervés.
Ensuite, on a inscrit des légendes fun sous leur portrait, du style « Futur banquier ».
Enfin, pour couronner le tout, on les fait parler à la première personne (avec des fautes de français en sus), par exemple : « Mon papa est capricieux et ma maman est la plus heureuse et moi Owen, grâce à vous, je suis déjà une star de la presse people. Merci et bonne chance pour tous vos magnifiques images. » [sic]

Mais putain ! Foutez-leur la paix !!!

Ecrit par : Polyphème | jeudi, 02 février 2006

Très juste ta note, polyphème, l'inflation de la photo fait qu'on sait plus regarder les choses ou les êtres sans se demander comment ils seraient sur la photo... Et pourtant je viens de m'offrir, ô rage ô désespoir, un ... numérique... Mais, promis, j'abuserai pas...
Quant à la photo d'art, ça me gonfle au plus haut point. Ou plutôt, ce qui me gonfle c'est les commentaires entendus de toute une critique bobo qui s'extasie pendant huit jours sur tel cadrage, tel éclairage, telle attitude alors que le photographe a tiré au moins cinq cents photos avant de trouver celle qui, recadrée et trafiquée par ses soins, fait s'extasier les cons...
En plein d'accord aussi avec polem et lapinos.
Salut. Lou

Ecrit par : Lou | jeudi, 02 février 2006

Nous attendons avec impatience que les pro-photos à tout crin mettent en ligne les dernières images de leur coloscopie.

Ecrit par : Artemus | jeudi, 02 février 2006

"être humain en puissance", c'est l'expression que j'emploie jusqu'à ce que l'enfant puisse parler... (bon, il y a des cas limites, l'autisme...) Rien ne m'agace plus que l'on définisse la notion d'humain par ce qui est biologique uniquement. Pourquoi ? Parce qu'à bien des égards, un chimpanzé adulte ressemble plus à un homme adulte qu'un enfant en bas-âge...
Puisqu'il faut bien statuer sur la nature de l'être humain, je dis (en plagiant un peu Kant au passage) que l'enfant en devient un mais qu'il n'en est pas encore vraiment un.
D'ailleurs, outre le langage, je doute profondément qu'un enfant de quelques mois aie conscience de lui... le "test du miroir" est validé chez l'enfant seulement vers trois ou quatre ans en moyenne...alors que n'importe quel chimpanzé ou bonobo adulte le réussit...
Bref, le singe anthropoïde est plus proche de l'Homme que le nourrisson, donc il faut choisir entre exclure le bébé ou inclure le singe. J'ai donc choisi.

Ecrit par : Polem | jeudi, 02 février 2006

Sauf, quand même, polem, que l'enfant, dès sa conception (ou presque) est déjà un enfant pour ses parents et peu à peu pour l'ensemble de sa famille... Et ça, c'est pas du biologique, c'est du social, c'est du lien... si j'avais pas peur de faire dans le gnangnan, je dirais... c'est de l'amour...
Ecoute ça polem :"Le petit poussin brise sa coquille et se met à courir. Peu de choses lui manque pour crier :"je suis libre..." Mais le petit homme ? Au petit homme, il manque tout. Bien avant de courir, il a besoin d'être tiré de sa mère, lavé, couvert, nourri. ... Il n'a pas dit Je ni Moi, et il en est fort loin, qu'un cercle de rapides actions prévenantes s'est dessiné autour de lui. Le petit homme presque inerte, qui périrait s'il affrontait la nature brute, est reçu dans l'enceinte d'une autre nature empressée, clémente et humaine : il ne vit que parce qu'il en est le petit citoyen..."
La prochaine fois, tu auras droit à l'auteur...
Salut. Lou.

Ecrit par : Lou | jeudi, 02 février 2006

La société immonde se rue comme un seul Narcisse pour contempler sa triviale image photographique.

Ecrit par : Baudelaire | jeudi, 02 février 2006

Notez qu'il y a une certaine logique dans le raisonnement de Polem. Comme quoi on peut être logique et parfaitement imbécile. Déjà Kant, belle cervelle tournant à vide, déduisait : "Les Nègres d’Afrique n’ont reçu de la nature aucun sentiment qui s’élève au-dessus de la niaiserie."

Ecrit par : Lapinos | jeudi, 02 février 2006

Un autiste est bien entendu pour moi un être humain... ma "formule-choc" avait un côté inutilement provocateur, désolé, c'est stupide. J'avoue que personnellement, dans ma vie courante, je considère un nouveau-né d'un jour comme un être humain. Bien sûr. Mais si je réfléchis logiquement (ce qui fait de moi un imbécile et adhérer à toutes les conneries qui peuvent sortir de la bouche de philosophes, Lapinos ?), je n'arrive pas à définir un être humain sans que les contours soient très flous...donnez-moi un seul critère qui fasse que l'enfant qui a vécu un seul jour est plus humain que le chimpanzé à cinq ans, et je vois croirais sans doute. Ce n'est pas si évident que ça. Je ne demande qu'à ce que quelqu'un m'en assure. Si c'est la génétique, nous partageons plus de 95% de nos gènes avec le chimpanzé... Si c'est l'apparence, nous lui ressemblons beaucoup...Si c'est l'outil, il en a...Si c'est les sens, pareil...ils sont très sociaux...je ne vois que le langage qui diffère, littéralement, je trouve qu'il ne leur manque que la parole...Je ne dénie nullement à l'enfant ses facultés, je trouve plutôt qu'on les dénie aux grands singes.
Lapinos, pour reprendre votre argument dans un autre sens, des hommes ont par le passé jugé excellent de considérer comme inhumains des hommes parce qu'ils avaient la peau noire et qu'ils ne parlaient pas leur langue. Ils étaient intimement persuadés d'être dans le vrai...en matière d'humanité, je préfère ne pas trop avoir de certitudes. Ne vous en faites pourtant pas, Polyphème, je pense comme vous que tout enfant qui naît est humain en sortant dans la rue, mais dès que je me pose ce genre de questions, "L'humain ?", les évidences tombent une par une... Peut-être il y a-t-il des questions qu'il ne vut mieux pas se poser...Peut-être mieux vaut-il s'abandonner au "bon sens" ? Je ne sais pas... A l'avenir, j'éviterais de pousser la logique aux confins de l'absurde sur votre blog, Polyphème, ...

Ecrit par : Polem | vendredi, 03 février 2006

"est reçu dans l'enceinte d'une autre nature empressée, clémente et humaine : il ne vit que parce qu'il en est le petit citoyen..."
La prochaine fois, tu auras droit à l'auteur...
Salut. Lou."

Son existence a commencé par cet afflux de services extérieurs gratuits. Son compte s'ouvre par des libéralités dont il a le profit sans avoir pu les mériter (...) Cette activité a pour premier caractère de ne comporter aucun degré de réciprocité. (...)
On n'en saurait prendre acte en termes trop formels, ni assez admirer ce spectacle d'autorité pure, ce paysage de hiérarchie absolument net.

"L'auteur"

Emrys Myrdyn

Ecrit par : Emrys Myrdyn | vendredi, 03 février 2006

Veuillez m'excuser pour les vilaines fautes de français qui émaillent cette fin de texte. J'en profite pour dire à Lou que le lien social est bien loin d'être l'apanage de l'Homme. Et pour conclure : "l'être humain en puissance" est plus une manière de dire mon agacement face aux certitudes qu'une intuition profonde.

Ecrit par : Polem | vendredi, 03 février 2006

Polyphème,

Vous dites :
"Votre argument sur les échographies est intéressant, mais dans ce cas l'échographie médicale normale suffit amplement, non ? Inutile d'aller proposer aux parents des films sur DVD pour ça (merci Nadine pour ce lien édifiant, qui ressemble exactement au panneau que j'avais vu dans la rue)."

Je vous concède volontiers le caractère de dégât collatéral que peut avoir la consommation de ce type de DVD pour les futurs parents. Mais il faut l’accepter et même le défendre, voire militer pour que cela se répande. Parce que n’est qu’un moindre mal.

Rien ne touche plus les gens que les images. Notre société fait tout pour les y sensibiliser. La vision d’une image d’enfant, en particulier, a aujourd’hui le même effet que le terme « vigilance citoyenne », par exemple.

Pas dans le détail de ses effets, évidement, mais en ce que son apparition oriente l’état d’esprit de la personne qui le reçoit et qui est prêt à recevoir le message qui accompagne la locution ou l’image polarisante. Et cela, sans que cela ait besoin de passer par le sens critique, parce que c’est un reflexe de l’associer au Bien.

Ce conditionnement permet aux manieurs de langue de bois et aux journalistes télé de faire entrer des concepts dans la tête des gens sans passer par la case démonstration. Certains termes et certaines images font tomber toutes les barrières défensives.

A quelques exceptions minoritaires près, tout le monde est pour « les droits de l’homme », « la démocratie », « les engagements citoyens », etc. Que ces mots soient creux ou détournés de leur sens n’a aucune importance, à partir du moment où ils sont inconsciemment associés au Bien.

C’est pareil pour les images d’enfants. Donc, vive la 3D, les trucs inutiles et ce que l’on veut. Que l’on inonde les murs de nos villes, nos magazines, nos télés, nos portables de ces images est une bonne chose. Plus les images sont réalistes et se rapprochent de celles d’un enfant, plus les gens seront réceptifs, qu’ils le veuillent ou non.

D’accord, c’est de la pure manipulation mentale, mais c’est aussi une excellente riposte contre les slogans creux, mais imagés, de la partie adverse. Ne nous privons pas de ces armes.

Bien sûr, je force un peu le trait, mais l’enjeu est de taille. Il y a un ou deux ans je crois, un film qui montrait ce qui se passait in utero chez les mammifères non humains a été boycotté par la presse et les circuits de distribution. Son potentiel commercial n’était pas en cause, ni la qualité de sa réalisation, puisqu’il faisait suite à Microcosmos, un film salué par tous.
Il se disait dans le milieu que ces images trop réalistes risquaient de provoquer des prises de conscience et de faire réfléchir les spectateurs à la question de l’IVG chez l’homme...

Emrys Myrdyn

Ecrit par : Emrys Myrdyn | vendredi, 03 février 2006

Polem,
"je n'arrive pas à définir un être humain sans que les contours soient très flous..."

L'homme est le seul animal qui ne cesse d'apprendre, tout au long de sa vie. Même les grands singes, dont vous partagez 95 % des gènes, arrête d'apprendre au bout de quelques années.

Emrys Myrdyn

Ecrit par : Emrys Myrdyn | vendredi, 03 février 2006

re-Polem,

"à bien des égards, un chimpanzé adulte ressemble plus à un homme adulte qu'un enfant en bas-âge..."

Dans ma famille, ce n'est pas le cas.

" le "test du miroir" est validé chez l'enfant seulement vers trois ou quatre ans en moyenne..."

Vous n'étiez pas très en avance, c'est tout, mon dernier le faisait bien à 18 mois.

"Bref, le singe anthropoïde est plus proche de l'Homme que le nourrisson, donc il faut choisir entre exclure le bébé ou inclure le singe. J'ai donc choisi."

Vous avez de la chance d'être né(e) dans une société qui valorise la différence.

Emrys Myrdyn

Ecrit par : Emrys Myrdyn | vendredi, 03 février 2006

Cette dernière phrase avec "inclure" et "exclure" est une provoc'... Il n'y a pas d'obligation de choisir. Il y a là un excès de logique grossière, j'en conviens tout à fait.
C'est juste pour montrer du doigt l'incohérence, rien de plus.

Ecrit par : Polem | vendredi, 03 février 2006

Polem, vous ne m'en voudrez pas de vous prendre un peu comme un chimpanzé de laboratoire, car vous êtes un specimen intéressant, une espèce en voie de développement.

En apparence, vous êtes doté d'une cervelle qui devrait vous permettre assez facilement de distinguer le petit d'homme dans le ventre de sa mère du petit de bonobo qui épluche une banane avec dextérité. Si le petit humain est humain, c'est parce que ses parents le sont ; idem pour le petit singe, lémurien, etc. Un lémurien est un lémurien parce que ses parents le sont.
Avouez que le critère biologique est quand même pratique (le cas d'Yves Montand excepté). Tandis qu'avec des critères comme les vôtres, on en viendrait vite à confondre les éléphants avec des rhinocéros, les enfants du bon Dieu avec des canards sauvages.

Ecrit par : Lapinos | vendredi, 03 février 2006

J'ai trouvé ...!

Polem est une victime de la méthode globale !

Emrys Myrydn

Ecrit par : Emrys Myrdyn | vendredi, 03 février 2006

Certes. Le critère biologique est très pratique, et c'est celui que nous appliquons au jour le jour... c'est bien entendu comme ça que je reconnais un homme d'un singe. Comme je l'ai dit plus haut, j'ai exagéré ma pensée, mea culpa. Néanmoins je n'ai pas oublié que nous avons (tous, moi le premier) une très forte parenté avec cet animal.
Si le petit bonobo était tout juste capable d'éplucher des bananes, je ne me poserai pas tant de questions... il semblent avoir des capacités d'apprentissage...et même avoir un vocabulaire (Kanzi, un bonobo, a appris 1000 mots). Ce n'est pas un chien ou un chat...
Vous avez l'air de trouver dégoûtant que je dise que nous sommes des singes. Nous sommes humains, mais les humains sont des singes, non ? JE SUIS UN SINGE. Biologiquement, nous ne sommes rien de plus qu'une espèce particulière de singes... et je sais qu'on a bidouillé la taxonomie pour faire apparaître le genre homo, je ne suis pas sûr qu'il y ait un "genre" au sens biologique du terme. Alors faut-il définir l'homme par sa biologie, ou par son histoire, sa culture ? Je prèfère définir l'humain par sa grande socialité, son langage, ses symboles, plutôt que ses caractères morphologiques, anatomiques,... Pour reprendre votre argument reproductif, Lapinos, personne ne sait ce que ça donnerait si -chose qui me répugne- un ou une humain(e) se reproduisait avec un(e) singe. A priori, ce ne serait pas possible (c'est comme ça qu'on marque la frontière de l'espèce) , mais on a bien croisé des tigres et des lions entre eux... Tout ça pour dire que certaines évidences d'aujourd'hui seront les conneries de demain, et que l'on peut douter de temps à autre. En général, on définit un être humain par le fait que ses parents sont deux êtres humains, là oui, vous avez raison. Je le fais souvent, bien sûr. Mais savoir si ceci se justifie par autre chose que de l'arbitraire est une autre histoire...

Ecrit par : Polem | vendredi, 03 février 2006

C'est Lapinos75 qui te parle à travers les âges, Polem : tu avais raison, je suis le clone de Lapinos, un homme-lapin complet, avec des oreilles de lapin, une queue de lapin, un QI de lapin, mais une bite d'humain un peu encombrante.

Les bonobos sont les premiers à avoir lancé la mode des croisements. Quai de la Mégisserie, un bonobo vachement instruit (il lisait Kant et Heidegger à travers la vitre dans la librairie d'en face grâce à sa vue perçante de bonobo), s'est échappé. Il s'est débrouillé pour retrouver le chaînon manquant à Paris plage et là, relativement sauvagement quand même, il l'a xxxxxxxx. Eh oui, c'est comme ça que c'est arrivé.

Quand je pense que ce crétin de Lapinos, mon frère de souche, osait se moquer de toi, Polem, ah, ah, ah, ah…

Ecrit par : Lapinos75 | vendredi, 03 février 2006

je ne suis pas sûr que l'on puisse trouver un critère unique... si vous faites allusion à une finitude dans la durée, beaucoup d'animaux ont une conscience surprenante de la mort...les singes, et surtout les éléphants qui marchent sur des kilomètres pour mourir au même endroit...de là à la conscience... je ne crois pas être très ardi en disant qu'eux aussi ont conscience de leur finitude (Non, Lapinos, je ne confonds pas éléphants et êtres humains, l'analogie s'arrête là). Toute tentative de définition de l'humain conduit-elle à une impasse logique...? Il faut se résoudre à admettre qu'on arrive pas à le définir, il me semble...

Ecrit par : Polem | vendredi, 03 février 2006

Si l'humain échappe à une définition, alors comment en est on arrivé à créer ce terme. Tout est semblable, rien n'existe.

Ecrit par : Philippe | vendredi, 03 février 2006

L'humain se distingue de l'animal par sa capacité à réfréner ses instincts.

Ecrit par : Philippe | vendredi, 03 février 2006

Attention Philippe, vous dérapez dans une logique d'exclusion non citoyenne ! ;-)

Emrys Myrdyn

Ecrit par : Emrys Myrdyn | vendredi, 03 février 2006

En avoir la capacité ne signifie evidemment pas la mettre en oeuvre obligatoirement.

Ecrit par : Philippe | vendredi, 03 février 2006

L'homme sait différencier le REEL du POSSIBLE. Ce que ne savent pas faire les êtres d'essence divine [pour qui la simple pensée (possible) devient acte (réel)] , ni les animaux [qui se contentent d'utiliser le possible à leur bénéfice, sans se poser la moindre question sur ce qu'est la réalité du monde].

Bon, c'est une piste...

Ecrit par : fromageplus | vendredi, 03 février 2006

Voilà donc le chaînon manquant entre la civilisation et nos banlieues ! L'économie de ses capacités à réfréner. Cela paraît effectivement être une denrée rare, ce qui justifie ledit choix d'économie. CQFD. Bravo !

Emrys Myrdyn

Ecrit par : Emrys Myrdyn | vendredi, 03 février 2006

Dans le but de faire rebondir le débat je me permets à mon tour de proposer une piste de réflexion : Qu'est-ce qu'un Martien ? au plan ontologique je veux dire, et à supposer qu'ils existent, car s'ils n'existaient pas, la question se poserait quand même, mais pas dans les mêmes termes, bien sûr.

Ecrit par : Lapinos | vendredi, 03 février 2006

Un kiwi : vert (islam) venant d'une planète rouge (coco).

Ecrit par : Philippe | vendredi, 03 février 2006

Je suis plus que choquée par certaines prises de position dogmatiques et plus que simplistes sur la question de l'avortement. L'avortement est généralement vécu comme une terrible épreuve (avant la décision, pendant et après). Il n'est d'ailleurs pas nécessaire d'avoir des rêves de maternité pour vivre ce choix comme un calvaire (sur le plan humain, la souffrance physique semblant peu de choses à coté). Avez-vous seulement songé aux femmes dont le mari ou le compagnon refuse violemment d'avoir un enfant, aux femmes qui tombent enceintes par accident alors qu'elles sont tout à fait sérieuses et attentives à leur contraception et à leur santé gynécologique,etc ?
Brandir l'épouvantail de l'avortement qui serait utilisé de mannière générale en guise de contraception est une escroquerie humaine et intellectuelle.
Les diverses pillules contraceptives, le stérilet, le préservatif, etc, posent déjà suffisament de problèmes de toutes sortes pour que l'on n'aille pas ne serait-ce qu'envisager la pillule du lendemain comme un moyen de contraception. J'entends par là qu'hormis une poignée de cas pathologiques, bien rares sont les femmes qui choisissent l'ivg par facilité ou par confort.
L'ivg, c'est presque toujours le choix du "moins pire".
Aucun choix n'est idéal ou incontestable lorsque l'on en est réduit à choisir entre abandonner un enfant ou arrêter une grossesse. Abandonner un enfant peut aussi être considéré comme "dégueulasse" de mannière tout à fait légitime.
Je constate sur ce blog une fâcheuse tendance à la caricature et à la simplification.
Un peu d'humilité ! Les choses ne sont pas si simples et si évidentes que vous semblez le penser.
Vous pouvez mettre vos imaginations respectives au service de la compréhension humaine. Comprendre ou essayer de comprendre quelques bribes de l'autre, ce n'est pas cautionner ses actes. L'"autre" que l'on pointe du doigt, l'"autre" que l'on condamne moralement...
Tous ces "autres" me ressemblent et vous ressemblent bien plus que nous nous plaisons à le croire. De plus, les ressemblances et les différences ne sont pas vraiment là où l'on croit.

C'est d'un oeuf de quelques millimètres dont j'ai avorté, il y a des années, après avoir été victime d'un viol et d'un inceste particulièrement cruels. Les jours qui ont suivi, j'ai mis une grande distance géographique entre le violeur et moi. J'étais plus qu'en état de choc ! J'ai erré plusieurs jours en me cachant comme un animal. Ensuite j'ai commencé lentement à "reprendre conscience".
Je ne prennais plus la pillule suite à de graves problèmes de santé . J'avais de sérieuses raisons de penser que j'étais stérile. Il a suffi de ce viol pour que je tombe enceinte !!! Malgré le sentiment d'urgence qui me taraudait, j'ai pris un peu de temps pour réfléchir après avoir multiplié les tests de grossesse. Mon compagnon, à mesure qu'il ressassait tout cela, n'était plus sûr de rien. Il m'a dit que, quelle que soit ma décision, il serait à mes cotés. J'ai avorté. La suite, je la garde pour moi. Si j'ai la force de vous écrire, c'est parce qu'aujourd'hui je vais plutôt bien.
Même si je ne dévoile pas mon identité, j'ai la nausée de vous raconter ce pan de mon histoire après tout ce que j'ai lu sur votre blog.
Toutefois, j'ai peur que ce soit un moindre mal si cela peut vous donner envie de regarder les choses dans leur complexité.
Je trouve compréhensible de refuser l'ivg de mannière absolue pour soi. Je comprends aussi les femmes qui gardent l'enfant issu d'un viol. Chacune compose avec son histoire, avec ses limites. Je trouve sage d'accepter de voir en face son incapacité à aller au bout d'une grossesse, tout comme de voir en face son incapacité à avorter.
Par contre, je trouve inhumain de vouloir supprimer tout droit à l'avortement.
Le viol n'est pas la sule chose qui légitime le fait d'avorter.
L'avortement est pratiqué dans tous les milieux , par des femmes d'âges et de profils très différents. Nombreuses sont les grand-mères et arrière-grand-mères qui auraient voulu avoir le droit d'avorter dans des conditions décentes à une époque où la seule véritable contraception était l'abstinence. Nos ancêtres, pour certaines mères de plus d'enfants qu'elles ne pouvaient en élever, en étaient réduites à avoir recours à des aiguilles à tricotter, à des charlatans, à des médecins en avance sur leur temps. elles étaient seules.
Vos propos trahissent une ignorance-crasse du sujet, alors allez donc regarder aussi ce qui n'ajoute pas d'eau à votre moulin. Documentez-vous ! Un documentaire saisissant a été diffusé sur Arte en 2004. Il donnait la parole à des femmes de plus de soixante ans qui racontaient leurs avortements illégaux à répétition. De bonnes chrétiennes, des femmes "très comme il faut" ayant, tout comme moi, poursuivi des études... Des femmes au courage immense qui ont bataillé contre leurs propres préjugés.

Ecrit par : Olga | samedi, 04 février 2006

Bonjour Olga,

Vous auriez pu vous épargner d’écrire un texte aussi long. Il vous aurait suffit de dire « c’est pour la femme qui avorte que c’est le plus terrible » ou « c’est un formidable instrument de libération de la femme » ou une autre phrase toute faite qui nous aurait indiqué que vous épousez la thèse que l’on entend à chaque fois dans les médias et qui sont le contenu officiel des discours politiques.

Ce discours est suffisamment bien connu pour qu’il soit inutile de le développer à chaque fois. L’utilisation d’un ou deux terme consacré suffit à déclencher les reflexes de la « conscience citoyenne libératrice », si c’est là où vous vouliez en venir.

L’erreur de généralisation et de simplification que vous imputez à ceux qui ne pensent pas dans le sens du courant dominant que vous défendez est vôtre. En effet, l’histoire personnelle, réelle ou inventée, peu importe, que vous nous racontez pour notre édification, n’est qu’un cas extrême. Les défenseurs de l’IVG inconditionnel sortent toujours le même argument, « mais en cas de viol, etc. ».

Je vous rappelle que les IVG, c’est 300 000 enfants tués chaque année dans le ventre de leur mère. Il faut une sacré mauvaise foi simplificatrice pour expliquer ces 300 000 morts par des situations telles que celle que vous utilisez pour justifier cette pratique.

Par ailleurs, cela vous a échappé à première lecture, mais en relisant ce blog, peut-être remarquerez vous qu’il y est surtout question d’opinion, de prise de conscience et de débat. Si quelqu’un se rend coupable de condamnation morale de « l’autre », ici, c’est vous.

Non seulement votre idéologie vous fait passer à côté de la réalité, mais elle vous oblige à vous mentir à vous-même pour conserver votre bonne conscience de « libératrice héroïque de la condition féminine ». Mais l’héroïsme est rarement le fait des masses confortées par le politiquement correct et couvertes par l’onction médiatique.

L’IVG, tel qu’il est pratiqué, de façon massive, facile et encouragée est avant tout une industrie très lucrative pour les professionnels qui la pratiquent et créé un formidable trou de natalité pour les gens de France, à qui on impose des solutions palliatives délétères. Mais je suppose qu’en suggérant qu’il puisse être judicieux d’envisager de prendre en considération l’intérêt de la civilisation, je vous parle chinois.

Emrys Myrdyn

Ecrit par : Emrys Myrdyn | dimanche, 05 février 2006

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