vendredi, 28 avril 2006

Areuh areuh

medium_weezbee_carte.jpgDans les années 1980 on m'avait ouvert un livret jeune à la BNP. J'avais reçu un dossier en plastique dans lequel on pouvait ranger ses relevés de compte, lequel m'avait plongé dans la perplexité : le compte s'appelait alors « Jeans Epargne », et je me demandais bien qui était ce Jean qui épargnait, et pourquoi son prénom prenait un s. Ce n'est qu'au bout de plusieurs années que je compris la référence au vêtement associé aux jeunes. Ensuite, dans les années 1990, le livret jeune de la BNP changea de nom (impossible de me le rappeler), pour devenir à n'en pas douter plus infantile encore. L'année dernière j'appris que mon compte s'appellerait désormais « Weezbee », et je reçus la carte bancaire correspondante, ornée d'une créature fantastique.

C'est bien, au fil des années je me suis sentie grandir avec la BNP.

mercredi, 26 avril 2006

Des cerises sans gâteau

Nous vivons dans un monde où l'on peut acheter de la salade prédécoupée en sachet-fraîcheur, ce qui devrait déjà nous effrayer. On peut même acheter un sachet de salade contenant uniquement des cœurs de laitue. Manger seulement des cœurs de salade, manger de l'emmental « cœur de meule », manger des cœurs d'artichauts, c'est triste. Le plaisir de ces gourmandises n'est-il pas celui de l'attente, de l'effeuillage, qui vient comme une récompense ? Mais il faut exiger le meilleur tout de suite – d'ailleurs le mot de « caprice » est aujourd'hui devenu très positif : on s'offre un caprice, on cède à un caprice, on a bien mérité un petit caprice (???). Sans voir que c'est la puérilité même, ce que les enfants comprennent tout seuls le jour où ils s'écœurent d'avoir mangé trop de chocolat.

lundi, 24 avril 2006

La chasse aux sorcières

medium_memorial.jpgAujourd’hui doit être inauguré à Lyon le mémorial du génocide arménien, qui a déjà fait énormément parler de lui (y compris sur ce blog). Le maire Gérard Collomb a semble-t-il décidé qu’il était impératif d’élever ce monument, nonobstant les nombreux avis hostiles : s’y sont opposés non seulement les Turcs de Lyon, qui ont défilé le 18 mars dans une manifestation ouvertement négationniste, mais également nombre d’élus (dont le maire du IIème arrondissement) et d’habitants du quartier, qui trouvent que l’emplacement retenu, la Place Antonin Poncet, est très mal choisi.

Le monument a été tagué la semaine dernière d’inscriptions négationnistes, ce qui lui vaut d’être depuis surveillé 24 heures sur 24 par deux ou trois policiers, et entouré de barrières en attendant l’inauguration. Depuis hier, des dizaines de camions policiers sont garés à côté, et ça patrouille, et ça surveille.

Libération se fend d’un article partisan, où l’on apprend bien sûr que tous les gens qui s’opposent au monument sont négationnistes. Gérard Collomb (sorte de wannabe-Delanoë) prétend qu’il n’aurait « jamais imaginé que cela puisse même faire débat. Il faut bien admettre que la reconnaissance du génocide arménien en France ne va pas de soi, et pas seulement dans la communauté turque. » Magnifique ! Comment aurait-il jamais pu, dans sa grande vertu et dans son combat juste et bon pour le Bien, imaginer qu’élever un mémorial sur une question politique tendue et communautaire, qui plus est sur une belle place en plein cœur de la ville, puisse faire débat ! D’ailleurs, le simple fait qu’il y ait un débat est suspect et mérite l’inquisition : « Je ne suis pas certain que ces oppositions sur la forme ne cachent pas une opposition de fond » (!!!) a osé déclarer Collomb pour répondre à une conseillère municipale attachée à l’intégrité esthétique de la Place Antonin Poncet et obligée de préciser qu’elle n’est pas une « sorcière négationniste ».

Moi j’ai une question bête : qu’est-ce que la France et Lyon viennent faire dans le génocide arménien ? Pourquoi était-ce indispensable et à ce point urgent d’ériger ici cette forêt de stèles blanches qui sont autant d’invitations au tag ? Est-ce que le roi du Népal fait des lois pour reconnaître le massacre des Tutsi ?

La construction de ce mémorial comme elle s’est faite est surtout un monument de bêtise.

jeudi, 20 avril 2006

Le bonheur ou la liberté

La semaine dernière la presse a relayé cette information insolite : un lycée privé anglais, Wellington College, proposera dès la rentrée prochaine des cours de bonheur. Le projet vise à permettre aux adolescents « d'apprendre à maîtriser leurs émotions, à surveiller leur santé physique et mentale, et à comprendre comment interagir avec les autres dans la vie de tous les jours ». Le proviseur de l'établissement a également déclaré que « nos enfants doivent apprendre que si nos sociétés sont de plus en plus riches, elles ne sont pas de plus en plus heureuses, un fait régulièrement démontré par les recherches en sciences sociales. La célébrité, l'argent et les possessions sont trop souvent les objectifs des adolescents et pourtant ce n'est pas là que réside le bonheur ».

Mais n'est-ce point déjà précisément le but de l'éducation, celui de nous élever et de nous prémunir contre les tentations faciles et aliénantes, n'est-ce pas la raison même pour laquelle on instruit les enfants ? N'est-ce pas pourquoi on leur enseigne les lettres, la philosophie, les mathématiques, les langues, l'histoire et la géographie ? Pour les rendre plus forts et plus libres ?

Ah pardon, ma confusion viendra de ce que je pense trop à la liberté, et non assez au bonheur. D'ailleurs, à vouloir donner des leçons de bonheur, on risque de ne faire qu'aggraver les choses. Comme le dit Pascal Bruckner dans L'Euphorie perpétuelle, essai sur le devoir de bonheur, nous vivons aujourd'hui dans une telle injonction permanente de bonheur que les gens deviennent malheureux de ne pas être heureux, coupables et honteux de ne pas savoir l'être. Alors, à Wellington College, y aura-t-il des cancres en bonheur ? Des mélancoliques indécrottables ? Des désespérés chroniques ? Des récalcitrants à « interagir avec les autres » ?

Cette initiative anglaise ressemble à un formidable renoncement et à une trahison fondamentale de l'idée d'enseignement.

mercredi, 19 avril 2006

Une autre raison de boire

On trouve désormais partout des indications sur la teneur énergétique des aliments... même sur la bière ! Vous n'y aviez jamais pensé, et pourtant : « 25 cl de Heineken, toute la fraîcheur de l'eau, la naturalité des céréales et la force du houblon pour 100 Kcal ! ». Les produits deviennent des marques, ce qui les dénature. Vous pensez boire de la bière ? Non, c'est bien plus que cela, c'est de l'Heineken. Vous mangez du chocolat ? Non, c'est du Poulain. Vous faites un pot-au-feu ? Ce ne sont pas des poireaux, des navets et des carottes, mais d'excellents légumes sans graisses ajoutées emballés pour conserver leur fraîcheur et leur saveur pour votre confort et votre sécurité. C'est comme les tranches de jambon : les paquets sont transparents, il suffit de retourner le paquet pour comparer l'aspect du jambon et choisir le plus appétissant. Pourtant, on choisit d'après la photo de l'opercule, qui présente une tranche savamment ourlée autour d'une fourchette près d'un cornichon.
Je ne suis pas très amateur du couplet c'était-mieux-avant, mais là nous avons vraiment perdu quelque chose – quelque chose comme le bon sens.

vendredi, 14 avril 2006

Le meilleur ami de l'homme

Mon téléphone fait de la musique quand je l'allume et me dit « à bientôt » quand je l'éteins. Deux raisons pour avoir quotidiennement envie de le fracasser.

mercredi, 12 avril 2006

Collaboration

Je discutai aujourd'hui avec deux jeunes femmes qui ont travaillé (sans se connaître) quelque temps chez Décathlon comme vendeuses puis managers. Pour l'entretien d'embauche, chacune fut sommée de répondre à une liste de questions personnelles, indiscrètes, voire carrément illégales de la part de l'entreprise. Exemples aussi invraisemblables que véridiques :
- Avez-vous un compagnon ? Si oui, quel âge a-t-il ? Où vit-il ? Où travaille-t-il ? Est-il câlin avec vous ?
- Pourquoi vos parents ont-ils divorcé ? Comment avez-vous vécu leur séparation ?
- Quelle est votre relation avec votre mère ? Avec votre père ?
etc.

C'est une puissante colère qui s'empare de moi en apprenant cela, et pour plusieurs raisons. Non seulement une entreprise se permet de poser ce genre de questions, mais surtout les gens s'y soumettent ! Et pire, l'une de mes interlocutrices, qui avouait avoir été choquée lors de son embauche, expliqua qu'elle avait ensuite elle-même posé ces questions à d'autres candidats qu'elle était chargée de recruter une fois promue manager. « On est bien obligé », ou la piteuse excuse de gens serviles et obscènes, prêts à accepter le viol de leur intimité puis de violer celle d'autrui sans plus de scrupules. Voilà ce qui me soulève : le sentiment profond et violent de scandale, quand la plupart des gens affirment n'y voir qu'une concession sans dommage au marché du travail. Je demandai à cette jeune, fraîche et pimpante collabo si certaines personnes qu'elle soumettait ainsi à la question refusaient parfois de répondre. Très peu, très peu, m'assura-t-elle d'un air résigné.

Et la décence ? Et l'honneur ? Et la morale ? Assurément ce sont là des mots dont le sens même nous échappe désormais.

samedi, 08 avril 2006

De la servitude volontaire

Parmi les innombrables magazines gratuits (comprenez « 36 pages de publi-information », c'est-à-dire surtout de publicité) distribués un peu partout dans les grandes villes, un petit nouveau a fait son apparition : Kiozine, entièrement consacré au téléphone mobile et à sa personnalisation. Les premières phrases de l'édito du n°2 sont à mon sens le résumé de la misère de l'homme réduit à son seul état de consommateur...

« Avec les beaux jours, Kiozine est de retour ! Il serait quand même dommage de vous ennuyer en sirotant un soda à la terrasse d'un café alors qu'il vous suffit de vous plonger dans votre mobile. »

Devant le besoin toujours plus pressant de divertissement de mes semblables, qui ne savent pas les plaisirs de simplement bayer, je me demande souvent si l'ennui n'est pas une forme de liberté.

mercredi, 05 avril 2006

Oh hé hein bon

Ces derniers temps je remarque que les journalistes de radio font exprès de balbutier pour donner l'impression qu'ils ne lisent pas (la palme revient à Yves Decaens à 13 heures sur France-Inter), voire qu'ils disent « ben » au milieu des phrases (palme attribuée à Frédéric Carbonne à 18 heures sur France-Culture).

« Les manifestants ont bloqué, ben des routes et des g-- des gares », ça fait plus info de proximité, sans doute. À ce sujet, j'ai entendu hier un sommaire de journal où la présentatrice, après avoir égrené quatre ou cinq sujets français, a semblé s'excuser en poursuivant : « Le reste de l'actualité, c'est en dehors de nos frontières... ».

mardi, 04 avril 2006

Héros

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Merci à Giant Panda pour cette photo.

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