mercredi, 24 mai 2006
Sans commentaire
Dans Le Figaro de ce jour, un article de Marie-Estelle Pech :
Les « people » au programme des collèges et des lycées
Une autobiographie de chanteur étudiée en cours de français, une actrice sollicitée pour lire du Racine, des romans de Marc Levy décortiqués comme du Victor Hugo... Les célébrités ont la cote auprès de certains profs.
(...) Cette année, huit enseignants du renommé lycée Joffre à Montpellier (Hérault) ont décidé de faire (...) plancher leurs élèves de première sur la récente autobiographie à succès du chanteur Hervé Vilard, L'Âme seule, où ce dernier raconte son passé d'enfant confié à l'assistance publique. Au risque de déconcerter les examinateurs, cet ouvrage sera même présenté à l'oral du bac par les élèves de Joffre dans quelques semaines ! « Ce livre a de vraies qualités littéraires », justifie Patrick Loubatière, le professeur de français à l'origine de cette initiative. L'ancien chanteur de charme des années soixante-dix a été invité à discuter de son œuvre avec les lycéens, la semaine dernière.
À Toulouse, lundi, c'est l'actrice Carole Bouquet qui est venue « transmettre sa passion » pour la littérature, et notamment pour la Bérénice de Racine, aux lycéens d'un quartier sensible. « Elle m'a donné envie de découvrir le théâtre », a lancé Hinda, impressionnée de rencontrer l'actrice.
Jeune enseignante de français dans un collège des Yvelines, Laurence ne s'est toujours pas remise des conseils de son inspecteur pédagogique l'an dernier : faire étudier Le Voile noir d'Anny Duperey, dans lequel l'actrice raconte la disparition tragique de ses parents. Les romans à l'eau de rose de Marc Levy, pourtant régulièrement éreintés par la critique littéraire, ont bonne presse auprès de certains inspecteurs. « On nous encourage à étudier des œuvres de faible niveau. Comme si nous étions là pour faire stagner les élèves », s'agace Laurence.
Au lycée Joffre de Montpellier, Patrick Loubatière se défend de tout nivellement par le bas. Selon lui, celle d'Hervé Vilard illustre parfaitement le thème de l'autobiographie, au programme du bac de français. La plupart des élèves lui ont confié se sentir davantage concernés par ce livre que par les Confessions de Jean-Jacques Rousseau, « qui leur est tombé des mains », précise-t-il, même dans ce lycée réputé pour ses bons résultats au bac. Il est « plus facile de s'identifier à Hervé Vilard qu'à Montaigne parce qu'il est plus proche de nous, confirme Agathe, élève de première S. Son passé d'orphelin est touchant. C'est un homme très simple, pas intimidant, à qui on a pu poser plein de questions. » (...)
11:45 Publié dans Allons plus loin !, Langue, Mômes | Lien permanent | Commentaires (22) | Envoyer cette note


Commentaires
J'avais une fille dans ma classe, une gourde pas possible qui lisait beaucoup, mais uniquement des romans de la collection Harlequin, elle a eu 19 à l'écrit du bac de français. Elle méritait sûrement cette note, elle ne faisait pas de fautes, elle avait une syntaxe correcte, elle devait écrire mieux que la moyenne, plus clairement. Et vu qu'elle était pas gourde au point de faire thèse, antithèse, synthèse…
Ecrit par : Lapinos | mercredi, 24 mai 2006
Je suis effaré d'apprendre que des jeunes s'intéressent à Hervé Vilard... notre civilisation prend vraiment un coup de vieux ces temps.
Ecrit par : Rat Noir | mercredi, 24 mai 2006
« Qu'un élève sur quatre entre en sixième sans savoir vraiment lire ni écrire ne doit pas faire oublier que, des trois autres, il n'en est qu'un qui puisse prétendre non certes à un savoir mais à une attitude décente face au savoir. Ce ne sont là que des statistiques, c'est-à-dire la formalisation fallacieuse du naufrage, un impensé, une peur, une haine de la littérature à présent considérée non plus comme bien public et privé (dans le jeu riche et singulier qu'elle entretenait entre l'exemplaire et l'intime), mais comme corpus historiquement dépassé : comme si le refus de cet héritage marquait, par un raccourci trop aisé pour n'être pas une imposture, la fin de cette histoire-là, plusieurs siècles de lumière s'achevant dans ce divertissement pour tous et par tous qu'est la convivialité interactive — version démocratique du plaisir littéraire dont l'Éducation nationale tente de trouver la caution charnelle dans ces “activités” ludiques et farcesques que sont les “animations”, “interventions d'écrivains” et “ateliers d'écriture”. »
Richard Millet, Le Sentiment de la langue
Ecrit par : Sébas†ien | mercredi, 24 mai 2006
Et après ça (et bien d'autres réjouissances), qui peut bien avoir encore envie de rire ? A part Hervé Vilard...
Il ne fait aucun doute que l'"enseignement du même" à l'élève a supplanté tout à la fois l'instruction et l'éducation. Des générations de citoyens-consommateurs, à la cervelle étriquée mais cool, sont forgées par une Education Nationale manipulée par l'OCDE et des parents qui peinent à faire le contre-poids devant Télévision-Jeux Vidéos.
Heureusement que de nobles âmes ont décidé d'entrer en résistance en passant leur CAPES en 2007... Il y a le CRPE, aussi, pour ceux que ça intéresse, pour prendre "le Bien" encore plus à la racine.
Ecrit par : paratext | mercredi, 24 mai 2006
Et l'année prochaine, quel est le programme ? "Miette" de Loana ?
Ecrit par : Artemus | mercredi, 24 mai 2006
Tss, le véritable titre c'est "Elle m'appelait Miette", révisez vos classiques Artemus !
Ecrit par : Nadine | mercredi, 24 mai 2006
Il n'y a plus qu'à leur faire étudier les paroles de Lorie et de Alizée et nos chères têtes blondes, comprendront enfin le monde moderne.
Ecrit par : Cadichon | jeudi, 25 mai 2006
Vous êtes sûr que Richard Millet ne massacre pas plus la langue française qu'Hervé Vilard, Sébastien ?
Ecrit par : Lapinos | vendredi, 26 mai 2006
Je préfère un Richard Millet qui "massacre" la langue française de cette manière qu'un Hervé Vilard qui n'en fait rien du tout, en dehors d’un simple outil de communication, immédiatement compréhensible par tous. Ce qui se joue dans les établissements scolaires, c’est la haine du style et de toute expérience singulière. Voilà pourquoi les élèves rejettent Rousseau ou Montaigne. Ils veulent une culture qui soit proche des gens et Hervé Vilard remplit parfaitement cette fonction.
Ecrit par : Sébas†ien | vendredi, 26 mai 2006
Sébastien, je ne crois pas que les élèves rejettent particulièrement Rousseau ou Montaigne, en tout cas pas plus qu'il y a quarante ans. Le problème tient aux choix de leurs professeurs, inspirés par les programmes, l'IUFM, leur propre médiocrité, le relativisme qui leur tient lieu de religion etc et hélas aussi contraints de faire passer le bac à des élèves qui ne savent pas très bien lire et écrire le français, des élèves qui il y a quarante ans n'allaient pas au lycée.
Ecrit par : Nadine | vendredi, 26 mai 2006
En fait, c'est à une dégringolade effroyable à laquelle nous assistons, puisque ces professeurs que vous fustigez sont eux-mêmes d'anciens élèves. Comme disait un homme puissant en formules : "Le professeur lettré fait l’élève instruit, le professeur instruit fait l’élève enseigné, le professeur enseigné fait l’élève ignorant".
Ecrit par : Sébas†ien | vendredi, 26 mai 2006
En seconde je me rappelle avoir râlé ppour avoir étudié "La princesse de Clèves" que je trouvais chiant. Aujourd'hui je suis nostalgique de cette époque.
Ecrit par : Cadichon | samedi, 27 mai 2006
Heureusement les profs qui enseignent en première ne passent pas par un IUFM, Nadine !
Quant à Hervé Vilard, encore une fois s'il utilise la langue française comme un outil de communication, tant mieux, le problème vient plutôt de ceux qui cherchent à nous enfumer avec leur jargon. Ce Millet noie le poisson, à mon humble avis. La littérature, un bien public et privé, dans le jeu qu'elle entretient entre l'intime et l'exemplaire ? mais c'est du blabla d'IUFM, ça, justement. La littérature a toujours été le fait d'une élite écrivant pour elle-même. On s'est appliqué dans l'Éducation nationale depuis la Libération à épurer le système scolaire de ses bons élèves. Sauf en maths, au nom du Progrès.
Ecrit par : Lapinos | dimanche, 28 mai 2006
"La littérature a toujours été le fait d'une élite écrivant pour elle-même"
Votre conception de la littérature est assez réductrice. Elle me surprend même dans la bouche de quelqu’un qui fait grand cas de Rousseau, qui n’a jamais prétendu écrire pour une élite :
« Être éternel, rassemble autour de moi l’innombrable foule de mes semblables ; qu’ils écoutent mes confessions, qu’ils gémissent de mes misères. Que chacun d’eux découvre à son tour son cœur aux pieds de ton trône avec la même sincérité ; et puis qu’un seul te dise, s’il l’ose : Je fus meilleur que cet homme-là. » (Les Confessions)
De ce point de vue, vous êtes plutôt du côté de Voltaire, pour qui la littérature s'adressait à une élite aristocratique. Il n’empêche que ce mot recouvre une grande variété de sens, que je vous laisse découvrir dans l’article de Robert Escarpit :
http://www.ditl.info/arttest/art792.php
Ecrit par : Sébas†ien | dimanche, 28 mai 2006
TOUS les professeurs titularisés (c'est-à-dire non éjectables) sont passés par l'IUFM après avoir été reçus à un concours je vous assure Lapinos. Les agrégés sont lègèrement moins enquiquinés que les autres mais tout est fait pour qu'ils se sentent soumis à la même pression idéologique (alors que les textes leur garantissent un peu plus de liberté de penser on va dire). Et les lycées sont pleins de professeurs certifiés donc archi-passés par l'IUFM. Excusez-moi de m'étendre sur ces faits sinistres (surtout si vous étiez ironique) mais il faut que les gens sachent comme on instruit et oriente ceux qui sont supposés instruire la jeune classe quand même.
Ecrit par : Nadine | dimanche, 28 mai 2006
C'est à pleurer.
Ecrit par : all-zebest | dimanche, 28 mai 2006
Je suis en train de lire un bouquin d'Eric Brunet, « Être de droite, un tabou français », dans lequel une partie entière est consacrée à la difficulté de ne pas être de gauche dans l'Education nationale et en particulier dans les IUFM (où je confirme avec Nadine que tous les professeurs passent). Les exemples rapportés dans ce livre sont terrifiants mais malheureusement de moins en moins étonnants.
Ecrit par : Polyphème | dimanche, 28 mai 2006
J'aimerais savoir une chose, ceux qui portent un jugement sur le livre d'Hervé Vilard l'avez-vous lu au moins ? Non, comme la plupart des gens que je trouve sur le net, qui critiquent ce choix de 8 Professeurs de Montpellier et non un seul, et qui ne voient en cet Artiste que l'interprète de "Capri"!
Déjà cet artiste n'a jamais été qu'un interprète mais un auteur compositeur, qu'il a toujours désiré chanter autre chose que ces chansons là, mais l'entourage professionnel n'était pas d'accord, alors que lui lisait Montaigne, Sand, Zola, Rousseau, enfin toute cette Litterature Française qu'il aime tant et qu'il a toujours lu !! IL est loin d'être un être inculte, c'sst pas du fait d'être nait dans un milieu défavorisé, de n'avoir pas eu de vraies Familles qu'il n'a jamais lu de Litterature, bien au contraire!!
Ceux qui ont pu le rencontrer savent qu'Hervé Vilard n'a eu pour seule ambition à travers ce livre, et il a mis du temps à le faire, car il écrit chaque jour, une manière à lui de "se défaire" de ce passé pas toujours facile, et il a voulu juste expliquer son passé, son parcours, et ainsi dire à d'autres jeunes, "on peut toujours garder l'espoir de s'en sortir, et pas en devenant Chanteur mais en vivant comme tout le monde, avoir une Famille, un métier Vivre quoi et rien d'autre" mais vous, vous permettez de juger, de dire n'importe quoi, sur un artiste qui a plus de 40 ans de carrière, qui a sorti un Album "Cri du Coeur" ne comportant que ces textes qu'il aime tant, de ces poètes qu'il admire comme IONESCO. M DURAS. J PREVERT OU J GENET ainsi qu'ARAGON ou L AMADE dont l'association des Ami(e)s de Louis Amade sont venu(e)s voir Hervé en concert au Théâtre de Dix Heures et ils admirent l'artiste, si vous ne me croyez pas, posez leur la question ?
Ce n'est pas parce que vous venez d'un milieu défavorisé que vous êtes pour autant inculte et sans savoir, penser ainsi c'est une forme de Diffamation, et nous qui venons de ce milieu on se retrouve tant dans le livre d'Hervé Vilard, et on lit aussi tous ces Auteurs que vous aimez tant...mais on peut lire ces auteurs et aussi ceux de notre époque, il faut évoluer, changer un peu, pourquoi vous réagissez ainsi, il n'y a vraiment pas de quoi!
Et puis ne confondez pas le livre de Loana avec celui d'Hervé Vilard, cela n'a rien à voir !!!
Et surtout avant de jugez un Auteur, ne vous basez pas sur son nom, mais sur ce qu'il a écrit, après vous pourrez dire votre opinion!
Merci pour lui et merci pour tous ceux qui ont lu son livre ou qui vont le lire, et ce livre se lit au delà de nos frontières, où il remporte le même succès, ne vous en déplaise!!!
C'est désolant votre réaction !
Cordialement
Sarah
Ecrit par : Sarah | lundi, 29 mai 2006
Rousseau ne fut lu que par une élite lettrée, Sébastien, mais dans toute l'Europe il est vrai ; n'empêche, il charrie avec sa foule innombrable. Vous ne devriez pas prendre Rousseau au pied de la lettre.
Je vous parle de ce que la littérature est EN RÉALITÉ, pas de ce que certains esprits naïfs ou certains "utopistes" voudrait qu'elle soit. Et puis quel écrivain ne rêve pas de tirages extraordinaires ? Chardonne, peut-être, qui prétend qu'il n'aimerait pas être lu par quelqu'un dont il ne voudrait pas pour ami…
Ecrit par : Lapinos | mercredi, 31 mai 2006
Autant pour moi, Nadine, les lauréats du Capes font un petit tour par l'IUFM, en effet, c'est une réforme assez récente, je crois. Mais j'ai un ami prof agrégé d'Histoire qui me dit n'y avoir pas mis les pieds : « Plutôt crever ! », a-t-il même ajouté.
Ecrit par : Lapinos | mercredi, 31 mai 2006
Vous êtes fort bien entouré, Lapin !
Ecrit par : fromageplus | mercredi, 31 mai 2006
Quel garçon adroit, cet ami, et bienheureux. Je connais un paquet d'agrégés qui auraient bien aimé éviter d'aller passer deux jours par semaine pendant un an au camp de rééducation. Votre ami est un cas exceptionnel je vous l'assure.
Ecrit par : Nadine | mercredi, 31 mai 2006
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