mardi, 20 février 2007
Aujourd'hui dans notre rubrique "Le XXIe siècle invente l'eau chaude" : la culture est-elle facteur de civilisation ?
Après le rapport commandité par le Ministère de l'Éducation nationale à un éminent linguiste qui conclut suite à deux ans d'enquête qu'il faut apprendre les bases de la grammaire avant de s'adonner à l'observation réfléchie de la langue ; après les querelles au sommet de l'État pour savoir s'il faut préciser dans le Code civil que le mariage est l'union d'un homme et d'une femme ; après les recherches très sérieuses pour savoir qui est responsable de la mort d'un mineur alcoolisé au volant d'une voiture volée ayant percuté un mur, je me devais d'inaugurer une nouvelle rubrique intitulée « Le XXIe siècle invente l'eau chaude ».
C'est dans les pages du Monde du 15 février dernier que l'on pouvait lire un article signé Marion Van Renterghem au sujet d'un professeur de lettres classiques dans un lycée de banlieue. Ce jeune professeur dynamique a réussi à décupler les effectifs des cours de grec dans son établissement. En sus, il anime un club de théâtre où les adolescents jouent Shakespeare, à l'ébahissement de leur entourage. Tout cela est fort réjouissant, quand bien même le discours est enrobé de la plus pure rhétorique gauchiste : «Augustin d'Humières [le professeur en question], de son côté, ruse pour les prendre par les sentiments. Quand Zidane a créé une association contre la leucodystrophie, il a analysé le mot par le grec ("blanc" + "mauvais" + "nourrir" = mauvaise alimentation du sang en globules blancs). Succès assuré. Autre argument auquel sont sensibles les nombreux élèves d'origine maghrébine : le modèle que fut le monde gréco-romain pour les sociétés occidentales. "En latin et en grec, note le professeur, nous évoluons dans un monde méditerranéen, entre Alexandrie et Athènes, Rome et Carthage. Il ne déplaît pas aux élèves de constater qu'au-dessus, c'étaient des analphabètes, des barbares..." ». C'est lourd de sous-entendus !
Malgré tout, l'article fait plutôt plaisir à lire, n'était sa conclusion :
« Le premier spectacle a eu lieu en juin 2003, devant 450 personnes, au théâtre municipal de Meaux. Professeurs, élèves, parents, proviseurs, tous étaient sidérés. "On ne reconnaissait pas nos élèves, raconte Angélique Guillerot, professeur de français. C'était magique de voir les plus en difficulté, blancs, beurs, blacks, se mettre à vivre littéralement un texte de Shakespeare qu'ils n'auraient pas su lire. Ensuite, leur attitude en classe a beaucoup changé. Le grec éveille leur curiosité pour les mots, le théâtre leur donne l'enthousiasme." Les enseignants se sont posé des questions : pourquoi les élèves piétinent-ils à l'école alors qu'ils connaissent une telle métamorphose dans un contexte extra-scolaire ? Deux membres de Mêtis ont intégré le Conservatoire national d'art dramatique. Un autre spectacle se jouait à l'entrée du théâtre. Un cortège ému et pomponné, celui des familles des élèves comédiens. Ces femmes en boubou ou coiffées d'un foulard, avec leurs maris et leurs enfants, pénétrant timidement dans le hall du théâtre pour la première fois de leur vie. Oui, c'est possible : Shakespeare et Homère peuvent changer les choses. ». [c'est moi qui souligne]
Dame ! La culture serait donc facteur de civilisation !!!
16:55 Publié dans Le XXIe siècle invente l'eau chaude | Lien permanent | Commentaires (26) | Envoyer cette note


Commentaires
Je ne comprends pas bien ce qui vous choque dans la conclusion de cet article ? Qu'on puisse dire que la culture est un facteur de civilisation, comme un présentateur d'Arte, Donnedieu de Vabres ou un éditorialiste chiant du "Monde", ou au contraire qu'on puisse douter que la culture est un facteur de civilisation, comme Goebbels ?
Ecrit par : Lapinos | mercredi, 21 février 2007
Je m'étonne qu'on s'étonne d'évidences multimillénaires.
Ecrit par : Polyphème | mercredi, 21 février 2007
D'Humières a du mérite, et les biais qu'il utilise (la flatterie ethno-identitaire, par exemple : "Il ne déplaît pas aux élèves de constater qu'au-dessus, c'étaient des analphabètes, des barbares...") ne pèsent pas lourd face aux résultats décrits par l'article.
D'autre part, notons que le théâtre, pour beaucoup de professeurs, doit être un spectacle vivant et que Shakespeare, sans parler de Corneille, sont dépassés et moisis.
"Le spectacle vivant sollicite de la façon la plus complexe des réponses émotionnelles et des stratégies d'attention tabulaire et linéaire face au continuum scénique."
Et :
"Certains dispositifs syncrétiques exploités dans la création contemporaine, volontiers intégrative et immersive, posent la question du spectaculaire de façon particulièrement attentive aux conséquences discursives."
Or :
"La présence de l'observateur, présence actantielle, éventuellement rappelée sur scène par des actants syncrétiques (la représentation sur scène du processus d'observation), est un facteur [Cheval ? Note de M.D.] déterminant de ce faire-semblant spécifique."
Mais :
"Plutôt que la filiation linéaire, c'est le modèle du polysystème qui s'impose, ou mieux encore, celui d'une convention labile et qui n'exclut pas la production de texte spectaculaire par le spectateur."
Donc :
"La fiction propose un signal dans l'espace de la représentation, indiquant que la stratégie d'action ou de savoir annoncée par la convention est celle de faire du spectaculaire. Au théâtre, l'opposition entre réel et fiction fait donc place à la construction d'une compétence modale. (...)
"Le rôle cognitif de l'actant-observateur (dont le faire-semblant serait le corrélat) aurait donc pour fonction de faire percevoir comme spectaculaire une situation doublement interprétable (comme fictionnelle ou réelle)."
(in Chronique de Michel Desgranges, ridiculisant ["Le théâtre : texte ou spectacle vivant ?" , lequel ouvrage contient, par charité pour les béotiens, un glossaire où se trouvent définis des mots rares, tels que : "croyance", "observation", "seuil" et, surtout, "spectateur".])
Ecrit par : paratext | mercredi, 21 février 2007
Padonnez-moi, Poly, mais il n'est évident que pour les hussards noirs ou les ségolènistes que la culture pour tous - car c'est bien ce dont il s'agit précisément dans l'article du "Monde", est un facteur de progrès ou de civilisation. C'est aussi typique des Républicains d'asséner que leurs idées sont multimillénaires alors qu'elles n'ont pas plus d'un siècle. Vous auriez parlé de la culture pour tous dans la Grèce de Périclès, on vous aurait ri au nez.
Il est de propagande constante dans "Le Monde" de faire croire qu'on peut peut apprendre le grec facilement, sans faire d'effort, par inhalation ou par imprégnation. Foutaises. Qui sait le grec au "Monde" ? Alain Minc, peut-être, ah, ah.
Quant à Shakespeare, malgré Shylock, malgré tout ce qu'il a d'antidémocratique, Shakespeare est quand même difficile à éviter (Le Conservatoire, la belle affaire…)
En réalité, tout est fait, y compris par les libéraux de droite du "Monde", pour larguer les "humanités" par-dessus bord, dans le meilleur des cas les reléguer au musée, car le grec et le latin n'ont aucune utilité dans un dîner d'affaires, si ce n'est d'épater la galerie, mais pour ça deux ou trois mots suffisent.
Ecrit par : Lapinos | mercredi, 21 février 2007
Attention, Lapinos, vous vous mettez à parler comme Finkielkraut...
Ecrit par : paratext | mercredi, 21 février 2007
Mais non Paratext, c'est vous qui parlez comme Finkielkraut. C'est bien le problème, justement, de ces journalistes ou de ces philosophes bidons qui défendent la culture sans savoir ce qu'elle est (exigeante), qui confondent culture et vernis culturel. Finkielkraut n'arrête pas de citer le nom de Péguy, entre autres, Péguy par-ci, Péguy par là, mais de ce que raconte Péguy Finkielkraut ne dit rien ou pas grand-chose.
Sur la crise de l'Éducation nationale ils se gourent complètement aussi, ils pensent que c'est une question de "méthode". Les idéologues qui prônaient la méthode dite "globale" faisaient peu ou prou* le même raisonnement que ceux qui défendent la méthode dite "syllabique" aujourd'hui. Or, le problème, c'est pas la méthode, c'est bien l'idéologie de la culture pour tous. À l'appui de la méthode dite "syllabique", comme de la méthode dite "globale", on retouve des arguments peu scientifiques sur le cerveau, sa latéralisation, la formation du langage, etc. Bref, on tourne autour du pot.
Il s'est produit une révolution sociale assez profonde qui a affecté le système éducatif (la culture n'est pas un "facteur" de civilisation, c'est plutôt le "produit" de la civilisation) ; il ne faut pas compter sur Finkielkraut pour dénoncer ça, depuis vingt ans il est employé comme fonctionnaire dans divers bureaux de la propagande démago-capitaliste, c'est un opportuniste par conséquent, et puis intellectuellement il est assez limité. Il y a le cas Brighelli aussi. Ce mec ne manque pas d'air, pendant des années il a collaboré à l'édition de mauvais manuels, et maintenant il vient jouer les hussard noir effarouché : « L'éducation est la seule chose qui nous protègera du fachisme ! », et autres billevesées.
*Pour la collec de Poly.
Ecrit par : Lapinos | jeudi, 22 février 2007
Je ne tenterai pas de vous détromper, Lapinos, j'ai ailleurs éprouvé votre capacité à nier les évidences et à vous enferrer dans une mauvaise foi que ne renierait pas un homme politique.
Alors juste un petit poème, rien que pour vous, accompagné de gros bisous :
He found a formula for drawing comic rabbits.
This formula for drawing comic rabbits paid ;
So, in the end, he could not change the tragic habits
This formula for drawing comic rabbits made.
Robert Graves
Ecrit par : paratext | jeudi, 22 février 2007
L'"évidence" est la chose du monde la mieux distribuée entre les citoyens d'aujourd'hui et on se félicite du consensus autour des idées généralement admises.
Ecrit par : Lapinos | jeudi, 22 février 2007
"Vous auriez parlé de la culture pour tous dans la Grèce de Périclès, on vous aurait ri au nez" : pas d'accord. Le théâtre grec, Eschyle, Aristophane, tout ça, était écrit pour être représenté devant le peuple, tout le peuple, gratuitement et lors de fêtes, pas pour des bourgeoises pomponnées qui avaient payé leur ticket. C'était un genre de service public comme dirait José Bové. Que cette culture (qu'on ne nommait pas ainsi, certes) fût civilisatrice, hé bien oui, certainement, puisque que la cité vivait très intensément comme cité à ces occasions. Mais certes ce n'était pas civilisateur au sens où on l'entend peut-être dans cet article du monde (donner un peu de bonnes manières et de vocabulaire à des petits sauvages).
Ecrit par : Nadine | vendredi, 23 février 2007
Il y avait peut-être un théâtre populaire grec, Nadine, mais ce n'est pas celui dont il est question ici ; qu'un métèque athénien parlant mal le grec ait pu apprécier le théâtre d'Aristophane, permettez-moi d'émettre un léger doute. Encore une fois, ce qui sous-tend la propagande du "Monde" comme de l'Éducation nationale depuis au moins trente ans, c'est une idéologie : "80 % des Français doivent avoir le bac", la question de la méthode est secondaire à côté. Et l'article présenté par Poly ne dévie en rien de cette politique idiote (et hypocrite).
Ecrit par : Lapinos | vendredi, 23 février 2007
Au fait, Lapinos, "de ce que raconte Péguy Finkielkraut ne dit rien ou pas grand-chose" : pardonnez ce trivial retour en arrière dans les commentaires, mais vous avez encore une fois raison, il n'en dit quasiment rien. Et ce n'est pas l'ouvrage qu'il lui a consacré (Le mécontemporain) qui prouvera le contraire, n'est-il pas ?
Ecrit par : paratext | vendredi, 23 février 2007
Lapinos, le mot "prou" ne s'emploie pas qu'exclusivement dans l'expression "peu ou prou". Ainsi, il n'a rien à faire dans la collection de notre Poly nationale.
Moi je dis ça, je dis rien hein.
Ecrit par : Tomboy | vendredi, 23 février 2007
Paratext, je me suis déjà farci près de la moitié des tautologies du "Présent imparfait" pour déciller un fan, pas question de rebouffer une ration de calembours philosophiques supplémentaire, même sous la menace d'un stylet !
Confondre les causes et les conséquences d'un problème, ça peut arriver à tout le monde, mais l'acharnement et la précision que vous y mettez, Paratext, c'est ça qui est hors du commun.
Ecrit par : Lapinos | vendredi, 23 février 2007
Loin de moi l'idée de vouloir vous faire vous farcir quoi que ce soit, encore moins les ouvrages d'un auteur qu'il vous plait de conchier. Lire en fnac trois bribes de ce journal qu'est l'Imparfait du présent vous autorise effectivement à en déduire que AF ne mérite pas qu'on s'attarde à le lire vraiment.
Ce que je voulais juste souligner, pour conclure et avant que vous ne perdiez patience, c'est qu'il y a longtemps qu'il déplore le sacrifice des "humanités" dont vous avez ici parlé et qu'il est à ma connaissance le seul à l'avoir fait aussi clairement et publiquement, avec ce que cela impliquait d'étiquetage infamant (réac, moisi, etc.).
Ecrit par : paratext | samedi, 24 février 2007
Je ne me suis pas contenté de feuilleter Finkielkraut, j'en ai tiré quelques sentences sentencieuses significatives de la médiocrité de ce sinistre cacouac, et j'ai eu l'infinie patience de les recopier sur mon blogue pour l'édification de ceux qui croient discerner dans les propos de ce triste cire-pompes un appel au rétablissement des priorités morales.
Le courage de Finkielkraut, c'est une plaisanterie ; Finkielkraut est une girouette qui pointe où le vent tiède et malsain du libéralisme le pousse, tout en restant bien planté sur ses intérêts médiatiques. Bien sûr qu'il a des prédécesseurs ! Jack Lang, par exemple, a toujours été disposé à servir aux nostalgiques de son camp qui voulaient bien l'entendre un petit couplet qui n'engage à rien dans le genre de ceux du "Monde" ou de Finkielkraut sur la nécessaire restauration de l'enseignement du latin ; plus sérieusement, même Mitterrand a fait mieux en opposant concrètement un veto à son ministre Savary qui voulait abolir la sélection à l'entrée de Polytechnique ou de Normale Sup. pour faire plaisir aux syndicats de l'Éducation nationale. Et Dutourd ? Et Jacqueline de Romilly ? La différence avec Finkielkraut, c'est qu'ils savent de quoi ils parlent. Lorsque Finkielkraut, pour montrer l'exemple, aura lui-même appris le latin, le grec et le français, il sera toujours temps alors de reparler de sa crédibilité…
Ecrit par : Lapinos | samedi, 24 février 2007
Pour vous désintoxiquer de Finkielkraut et de sa philosophie sarko-mendésiste à la portée des téléspectateurs, Paratext, un petit extrait de Chardonne ("Propos comme ça") :
« Les fidèles de tous les partis politiques remâchent des idées mortes. "La même chose pour tous" est l'une de ces lubies. Ils demandent l'instruction supérieure pour tous ; c'est le vrai pain de l'homme, disent-ils.
Non ; c'est une nourriture très spéciale pour certains. Le plus grand nombre de toute origine (je dis bien : de toute origine) trouvera sa pâture ailleurs.
Jadis, le professeur de grec enseignait le grec à un seul élève, lequel sera professeur de grec.
Une classe de quarante élèves, et un professeur hagard dans cette cohue distraite, c'est affligeant. »
Ecrit par : Lapinos | mardi, 27 février 2007
Vos attentions me comblent, Lapinos, je suis très sincèrement touché que vous vous souciiez à ce point de ma santé.
Cela étant, au cas où vous prendriez Finkielkraut pour un chantre de l'égalitarisme, comme votre citation censée me désintoxiquer le laisse entendre, je ne saurais réclamer d'autre preuve de votre méconnaissance du personnage et de sa pensée.
J'aimerais tant, à mon tour, vous guérir de cette maladie auto-immune qui semble vous ronger, sorte d'allergie se déclenchant à l'évocation du patronyme du Juif Immaginaire, en vous innoculant la première dose de ce que j'espèrerais être une réelle mithridatisation.
"La barbarie a donc fini par s'emparer de la culture. A l'ombre de ce grand mot, l'intolérance croît, en même temps que l'infantilisme. Quand ce n'est pas l'identité culturelle qui enferme l'individu dans son appartenance et qui, sous peine de haute trahison, lui refuse l'accès au doute, à l'ironie, à la raison - à tout ce qui pourrait le détacher de la matrice collective, c'est l'industrie du loisir, cette création de l'âge technique qui réduit les oeuvres de l'esprit à l'état de pacotille (ou comme on dit en Amérique, d'entertainment). Et la vie avec la pensée cède doucement la place au face-à-face terrible et dérisoire du fanatique et du zombie."
Alain Finkielkraut, La défaite de la pensée
Ecrit par : paratext | mardi, 27 février 2007
Et vous ne voyez pas la différence entre les deux citations ? Bon. La barbarie, qu’est-ce que c’est. D’après F., Auschwitz, les goulags, les massacres du Cambodge. Admettons, même si F. n’explique pas en quoi cette barbarie est de nature différente de celle de la Convention - ou de Napoléon - ou de Néron.
Or, il semblerait que les nazis aient été vaincus. Mais la “barbarie” subsiste apparemment. Le nazisme leur aurait survécu ? Qui seraient les nazis d’aujourd’hui ? Les Américains ? Finkielkraut ne le dit pas.
La barbarie serait donc “dans l’air du temps”. Ce genre de discours est nul, ne fournit aucun critère, contribue à noyer le poisson.
L’apologie d’une culture métissée qui suit, la critique vaguement inspirée de Debord (encore un nul) de l’“entertainment”, tout ça n’est encore que pure idéologie, axiomes vains.
Distinguer les causes de la crise de l’Éducation nationale nettement, de façon exhaustive, étant donné qu’elle est la conséquence d’un enchaînement et d’une imbrication complexes de faits sociaux et politiques, c’est une utopie, et quand bien même on aurait une vision claire et nette des problèmes, ça ne suffirait pas à les résoudre, mais avec Finkielkraut l’écran de fumée ne fait que s’épaissir. C’est du sabotage.
Même si elle n’est pas très cohérente, l’idéologie dominante depuis un demi-siècle, c’est l’idéologie démocratico-libérale. Derrière cette idéologie, il y a un pouvoir. Finkielkraut n’est qu’un rouage de ce système.
Ecrit par : Lapinos | mercredi, 28 février 2007
Vous êtes bien patient avec moi, Lapinos... J'essaierai donc par gratitude de ne pas être en-deçà de votre aménité à mon encontre.
La barbarie dont il est question dans cette citation n'est pas celle des camps de la mort : il a assez évoqué cela ailleurs (cf. L'Avenir d'une négation, L'Humanité perdue, Une voix vient de l'autre rive). Non, il parle de ce relativisme absolu dont des ânes sociologues se sont faits les thuriféraires et qui a conduit à un éclatement des hiérarchies, au /anything goes/, à Shakespeare vaut une paire de bottes ("toutes les expériences de la réalité sont jugées également historiques, également fictives, également valables"). Autrement dit, à l'infinie horizontalité des pratiques culturelles, où les fameuses "studies" américaines montrent l'exemple et "le respect des cultures" devient une divinité adorable.
D'autre part, où diable voyez-vous une apologie du métissage ?
Enfin, croyez-moi, AF fait bien partie, aujourd'hui, des seules voix audibles (avez-vous entendu parler de Laurent Lafforgue ?) qui puissent orienter l'Ecole vers autre chose que le désastre.
Ecrit par : paratext | mercredi, 28 février 2007
C'est-à-dire qu'à l'ancienne barbarie nazie aurait succédé une nouvelle barbarie, le relativisme absolu, non pas celui d'Einstein mais celui des sociologues… Késako ?
(Je vous fais remarquer au passage que la sociologie ne fait qu'étudier les relations des hommes et des groupes sociaux entre eux, que c'est là toute sa "relativité", que la pensée de Péguy est en grande partie "sociologique" justement, et que Péguy combat la philosophie de Kant, complètement déconnectée de la réalité.)
Ne vous étonnez pas que Finkielkraut fasse l'apologie du métissage culturel en souvenir de l'ancienne barbarie nazie ("l'identité culturelle enferme l'individu dans son appartenance, lui refuse l'accès au doute, à la raison"), même s'il se contredit dans d'autres passages, car Finkielkraut est capable de dire tout et son contraire dans une seule phrase. Je pense même qu'il croit que c'est ça, la philosophie. Les sophistes grecs - ou Sollers -, sont plus malins.
Finkielkraut me fait penser à ces élèves qui choisissent le commentaire de texte au bac et en font une paraphrase qui traduit le texte le plus clair en jargon incompréhensible. Il y a cinquante ans, Finkielkraut n'aurait pas eu la moyenne au bac de philo.
Ecrit par : Lapinos | mercredi, 28 février 2007
On ne se mettra jamais d'accord sur Finkielkraut, Lapinos. Et non erat his locus. Nous avons, je crois, assez abusé de la bonté de l'hôtesse. Peut-être même a-t-elle déjà, de dépit, déserté son salon...
Il demeure que ce qui nous oppose sur Finkielkraut, exceptis excipiendis, c'est que l'un l'a lu, l'autre pas. Ma devise, avec vous, désormais : sustine et abstine. :)
Ecrit par : paratext | jeudi, 01 mars 2007
Vous savez, avec les gonzesses d'aujourd'hui, quand vous les soûlez elles vous envoient promener sans sommations, je ne me ferais pas trop de soucis pour ça à votre place, Paratext, et puis c'est pas exactement comme si on était installés dans le salon de Poly à tailler une bavette non plus… Vous appelez la maîtresse au secours et vous exigez qu'on vous donne une bonne note parce que vous avez lu le pensum de la première à la dernière page sans sourciller ? "O tempora ! O mores !".
(Je n'ose pas imaginer ce que F. qui se dit athée a pu dégoiser sur un penseur fondamentalement catholique comme Péguy ; comme si c'était pas suffisant que Péguy se fasse massacrer une fois !)
Ecrit par : Lapinos | jeudi, 01 mars 2007
Sustine et abstine...
Ecrit par : paratext | jeudi, 01 mars 2007
Laissez tomber, Lapinos est un malcomprenant.
"AF fait bien partie, aujourd'hui, des seules voix audibles"
Avec Renaud Camus. Cf son 'Communisme du XXIe siècle', récemment paru.
Ecrit par : Sébastien | vendredi, 02 mars 2007
Thanx for your support :)
A propos du Communisme du XXIè siècle, il est publié par les jeunes éditions Xénia, qui, en plus de la dizaine de références déjà disponibles, propose pour l'achat de trois livres un porte-clés / coupe-TV ! Epatant.
Ecrit par : paratext | vendredi, 02 mars 2007
Élevons un peu le débat pour faire plaisir à Poly et revenons à Chardonne. Ce qui a changé entre l’enseignement républicain traditionnel en vigueur, disons, jusque dans les années cinquante, et l’enseignement démocratique actuel, c’est que le premier sélectionnait encore dans toute la France les meilleurs élèves en langues anciennes et les poussait vers des sommets ; depuis la fin des années soixante, la sélection des meilleurs élèves en science s’effectue toujours à peu près aussi bien que naguère, mais c’est terminé pour les latinistes et les hellénistes (Demandez-vous pourquoi la sélection - intrinsèquement fachiste pourtant -, subsiste encore dans les facs de médecine. Comment se fait-il qu’il n’y ait pas eu de révolution dans ces facs aussi ?)
Le problème de cette révolution libérale, à laquelle le corps enseignant n’a opposé aucune résistance, probablement la bêtise d'instituteurs endoctrinés est-elle en cause ici, c’est que si on a continué à former des élèves à l’analyse poussée - l’industrie capitaliste a besoin d’ingénieurs -, en revanche on a presque cessé d’en former à la synthèse poussée (les énarques ne sont pas formés à la synthèse poussée, ce sont des techniciens du droit). Aujourd’hui ce sont des scientifiques de renommée internationale qui sont les premiers à le dire, la division de l’intelligence était une erreur, sans la vue d’ensemble que procure une solide "culture générale", la science elle-même s’anémie (cf. Claude Allègre, Axel Kahn).
La question des méthodes d’apprentissage de la lecture, à côté, c’est un détail, un débat impossible à trancher vu que le fonctionnement du cerveau, quoi qu’en disent les uns et les autres, est encore largement "terra incognita". Ce débat est un leurre qui contribue à entraver l’action politique dans le domaine de l’éducation.
Le problème est scientifique et moral, et je crains que "Le Monde" de Minc, de Colombani, de Plenel et de Finkielkraut ne soit pas près de poser les problèmes éducatifs et sociaux en termes moraux.
Ecrit par : Lapinos | dimanche, 04 mars 2007
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