mardi, 26 juin 2007
Hommage
Monsieur Folliet fut mon professeur d’histoire pendant deux ans, en khâgne. Par hasard, je viens d'apprendre qu’il est mort cette année dans un accident de voiture.
Je n’avais jamais nourri d’intérêt pour l’histoire, et soupirais déjà d’ennui lorsqu’à la rentrée il nous annonça son programme : la noblesse française au XVIe siècle (premier trimestre), de la Restauration au Second Empire (deuxième trimestre) et la paysannerie russe au XIXe siècle (troisième trimestre). En deuxième année, la France entre 1715 et 1789.
Il était très imposant, il ressemblait au père Noël, mais en roux, avec une très grosse barbe rousse et de grands yeux bleus qui ressortaient bizarrement quand il chaussait ses lunettes. Le vendredi après-midi, nous terminions la semaine par deux heures d’histoire. Non seulement aucun élève ne piaffa jamais d’impatience que ce cours prenne fin, mais il arriva même qu’après la sonnerie, nous restions dix minutes de plus pour écouter avec gourmandise l’anecdote commencée par le professeur. Voilà un professeur qui professait. On n’avait pas à prendre de notes pendant ses cours, car, ainsi qu’il nous l’avait expliqué, si nous suivions avec ses propres polycopiés, nous avions l’attention plus disponible que s’il fallait écrire, et de surcroît, lui sachant ce qui se trouvait dans le poly, on n’aurait su venir se plaindre suite à un devoir que « Monsieur, ça on ne l’avait pas vu en cours ».
Il y a sept ans que j’ai quitté sa classe, et quoique sur le moment il n’ait été ni mon professeur favori, ni n’ait enseigné ma matière de prédilection, c’est à lui que j’ai toujours repensé en premier en évoquant la prépa les années suivantes. C’est le seul professeur à qui je pense régulièrement dans la vie de tous les jours – parce que je suis en train de narrer une anecdote que je tiens de lui (ça m’arrive souvent, il nous en a raconté tellement…), parce que je passe sur le pont de l’Université ou que j’arrive à la Gare de Lyon : il nous avait conseillé de les regarder attentivement pour leur style Second Empire – je ne les avais jamais vus avant.
Sa mort me navre. Depuis que je sais la nouvelle, je repense à des détails : il avait une écriture manuscrite très élégante, presque féminine. Il barrait dans les copies les subjonctifs présents pourtant acceptables pour les remplacer par des subjonctifs imparfaits. Il utilisait souvent l’expression « tout se passe comme si… », c’est idiot mais je le revois chaque fois que j'entends ces mots.
Monsieur Folliet inspirait le respect immédiat par l’immensité de son érudition, mais il était intimidant sans doute malgré lui, car son attitude était toujours malicieuse et gourmande. Il s’était d’ailleurs présenté ainsi le jour de la rentrée : « Je m’appelle Folliet, comme les cafés Folliet ».
Puissent ses élèves perpétuer son héritage en transmettant autant qu’il nous a donné.
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Commentaires
Toutes les petites filles sont amoureuses du Père Noël ; et les petits garçons, plutôt de Blanche-Neige.
Ainsi, moi, j'ai eu une jeune prof de mathématiques en prépa, à peine nommée, mais quand même bien formée, une blondeur, je ne vous dis pas... pas du tout l'idée qu'on se fait d'une prof de mathématiques en prépa ; je suis sûr qu'elle a motivé pas mal d'inscriptions à elle seule l'année d'après. Le plus excitant : ça n'avait même pas l'air de la gêner qu'on soit nul en maths !
La veille de la teuf de fin d'année, on se jette à l'eau, on tente le coup à quelques mecs de la classe, sans trop y croire : "Dites Mademoiselle, ça nous ferait vraiment bien plaisir si vous faisiez un tour à la teuf de demain...
- Ben bien sûr, qu'elle répond, vous savez j'ai jamais que trois ans de plus que vous, alors, ouais, ça me fait super plaisir que vous m'invitiez, j'osais pas vous le demander..."
On se pinçait, on n'en croyait pas nos yeux.
Elle a rappliqué dès la première heure, seule, dans une robe en soie noire, alors qu'elle portait toujours des jeans habituellement.
J'ai pas beaucoup de souvenirs de mes profs qui peuvent rivaliser avec celui-là. Il m'arrive encore parfois de penser à elle.
Ecrit par : Lapinos | mercredi, 27 juin 2007
La robe noire, Lapin, c'est parce que votre prof de math était en deuil, elle aussi?
Ecrit par : Ph.B | mercredi, 27 juin 2007
bel hommage !
Ecrit par : okmonkey75 | mercredi, 25 juillet 2007
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