mardi, 24 juin 2008

Pilori moderne

Il existe de nombreuses raisons de détester un film : mauvais scénario, réalisation stupide ou indigente, acteurs insupportables,... la liste est longue. Néanmoins, les arguments avancés contre Arnaud Desplechin et son Conte de Noël par la critique historienne Emmanuelle Retaillaud-Bajac dans les pages Opinions du Monde me semblent tout à fait inédits : il s'agit de reprocher au film de traiter d'un sujet pas assez moderne. Présenter une famille bourgeoise française dans une œuvre, même si ce n'est pas pour la glorifier, est a priori un crime qui mérite comparution immédiate au tribunal de la pensée réglementaire. 

La preuve : 

« Quand ses collègues [à Desplechin] essaient de tâtonner vers autre chose (des rockeuses, des marginales, des filles entre elles chez Assayas ou Honoré...), il s'affirme, de film en film, comme un jeune vieillard fièrement cramponné à son système. (...) On saccage avec fracas la belle baraque bourgeoise, sans jamais prendre le risque d'aller voir dans le jardin d'à côté, où les choses pourraient bien se passer d'une manière plus contemporaine, plus complexe. Des Arabes ou des métisses, des agriculteurs ou des cadres moyens, des bisexuels ou des refoulés, des grosses ou des androgynes ? "Pas mon affaire", semble clamer le cinéaste, qui, trop occupé à secouer le cocotier, ne voit pas qu'il s'efforce surtout d'éprouver la solidité de ses racines. Elles sont blanches, bourgeoises, mâles, hétérosexuelles et, sur le fond, assez conservatrices et misogynes. »

 

J'aime bien la clémence du « assez » qui laisse penser qu'on donnera deux minutes à l'accusé pour répondre avant de lui couper la tête, quand on aurait pu le faire sur-le-champ. L'article entier est à lire ici

 

 

Commentaires

Merci de revenir. (lecteur anonyme mais sympathisant!)

Ecrit par : V(...) | mardi, 24 juin 2008

a mon Dieu mais c'est hallucinant...
parfois on a tort de penser que les expressions artistiques sont les derniers bastions de la liberté.. cette femme, en tant que critique, ne vaut vraiment pas un clou. Elle n'a vraiment rien compris à la force de subversion d'une œuvre d'art, qui par essence (en tout cas pour moi) doit être toujours contre le système et donc contre toute espèce de condescendance crapuleuse et poisseuse envers le plus grand nombre.
je suis peut-être extrême en disant cela mais j'assume parfaitement. c'est Flaubert qui m'a poussé à penser ainsi (cf ce que je citais à propos de la mort de Gautier : http://hussard82.blogspot.com/2008/06/lart-est-toujours-contre-la-tourbe.html).
C'est terrible de se dire que des gens aussi nuls en critique volent le métier de nombreux gens qui ont de vraies idées en la matière et que ces gens nuls soient lus, c'est encore plus grave.
Merci de nous faire profiter de ces perles en tout cas...

ps : en plus elle pige rien à Assayas, qui est un pur enfant de François Truffaut et qui en ce sens, n'a pas grand chose à voir avec sa grille consensuelle et merdique de ce que peut être un chef d'oeuvre.
ps : à propos de Truffaut et d'être contre l'époque, voir aussi http://hussard82.blogspot.com/2008/02/sil-tait-permis-de-restituer-avec.html

On écrit ce qu'on veut, on peint ce qu'on veut, on chante ce qu'on veut et ce qui nous fait rêver. et surtout, n'en déplaise aux critiques qui ont mal digéré le trimestre de la classe de seconde générale sur le discours argumentatif : on pense ce qu'on veut.

Ecrit par : Hussard82 | mercredi, 25 juin 2008

Oui, c'est bien de revenir !

Une belle réponse de Laurent Delmas (sur son blog France Inter) à cet article d'une suffisance complètement aveugle à elle-même (bien entendu).

Ecrit par : Ludovic | lundi, 30 juin 2008

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