mercredi, 30 juillet 2008

Génie français

Avant de partir en vacances, je vous laisse avec le vénérable Jean de La Fontaine, que j'aime un peu plus à chaque nouvelle fable relue. Les plus célèbres sont des joyaux, les plus méconnues sont des trésors à chérir. La langue en est le français le plus beau et le plus délicat. C'est âgé de 73 ans que La Fontaine publie le Livre XII de ses Fables, dédié à un enfant de 12 ans : le Duc de Bourgogne, fils du Dauphin, soit le petit-fils de Louis XIV. Entre la quatrième et la cinquième fable de ce livre se trouve celle-ci, "hors série" si l'on peut dire, qui me donne les larmes aux yeux par sa tendresse et son espièglerie, de la part d'un vieillard plein d'humilité et de sagesse devant cet enfant.

 

À Monseigneur le Duc de Bourgogne
Qui avait demandé à M. de La Fontaine une fable qui fût nommée

le Chat et la Souris.

 


Pour plaire au jeune Prince à qui la Renommée
      Destine un temple en mes écrits,
Comment composerai-je une fable nommée
      Le Chat et la Souris ?

Dois-je représenter dans ces vers une belle
Qui, douce en apparence, et toutefois cruelle,
Va se jouant des cœurs que ses charmes ont pris
      Comme le Chat de la Souris ?

Prendrai-je pour sujet les jeux de la Fortune ?
Rien ne lui convient mieux : et c'est chose commune
Que de lui voir traiter ceux qu'on croit ses amis
      Comme le Chat fait la Souris.

Introduirai-je un Roi qu'entre ses favoris
Elle respecte seul, Roi qui fixe sa roue,
Qui n'est point empêché d'un monde d'ennemis,
Et qui des plus puissants, quand il lui plaît, se joue
      Comme le Chat de la Souris ?

Mais insensiblement, dans le tour que j'ai pris,
Mon dessein se rencontre ; et, si je ne m'abuse,
Je pourrais tout gâter par de plus longs récits :
Le jeune Prince alors se jouerait de ma Muse
      Comme le Chat de la Souris.

 

 

La fable suivante s'intitule « Le Vieux Chat et la Jeune Souris »... 

 

 

mardi, 29 juillet 2008

Preuve par le contre-exemple

Quelqu'un qui s'excuse d'être un vrai philistin prouve par le simple usage de ce terme qu'il ne l'est pas tout à fait...

vendredi, 25 juillet 2008

En un beau jardin

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jeudi, 24 juillet 2008

Cave pueros

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mardi, 22 juillet 2008

Contresens

Il faut lire le réquisitoire de l'avocat impérial Me Ernest Pinard contre Gustave Flaubert. Croyant démolir Madame Bovary, il ne parvient qu'à en démontrer le style. Peut-être est-ce le propre d'un chef-d'œuvre que de ressortir grandi d'une critique se voulant incendiaire...

 

Cet extrait m'amuse beaucoup (en italique le texte de Flaubert cité par Pinard) : 

 

« "Ah ! si dans la fraîcheur de sa beauté, avant les souillures du mariage et les désillusions de l'adultère (il y en a qui auraient dit : les désillusions du mariage et les souillures de l'adultère), avant les souillures du mariage et les désillusions de l'adultère, elle avait pu placer sa vie sur quelque grand coeur solide, alors la vertu, la tendresse, les voluptés et le devoir se confondant, jamais elle ne serait descendue d'une félicité si haute."
En voyant Lagardy sur la scène, elle eut envie de courir dans ses bras "pour se réfugier en sa force, comme dans l'incarnation de l'amour même, et de lui dire, de s'écrier : Enlève-moi, partons ! à toi, à toi ! toutes mes ardeurs et tous mes rêves !"
"Léon était derrière elle.
"Il se tenait derrière elle, s'appuyant de l'épaule contre la cloison ; et de temps à autre elle se sentait frissonner sous le souffle tiède de ses narines qui lui descendait dans la chevelure."

On vous a parlé tout à l'heure des souillures du mariage ; on va vous montrer encore l'adultère dans toute sa poésie, dans ses ineffables séductions. J'ai dit qu'on aurait dû au moins modifier les expressions et dire : les désillusions du mariage et les souillures de l'adultère. Bien souvent, quand on s'est marié, au lieu du bonheur sans nuages qu'on s'était promis, on rencontre les sacrifices, les amertumes. Le mot désillusion peut donc être justifié, celui de souillure ne saurait l'être. »

 

 

lundi, 21 juillet 2008

Questionnaire littéraire 2.0

1) Quel souvenir avez-vous de votre apprentissage de la lecture ?
Yves et Béatrice, ou plutôt Au Fil des Mots. Mes parents, en bons républicains militants pour l'école publique et laïque contre l'école privée, ne m'avaient soigneusement pas appris à lire avant le CP. J'ai donc appris avec cette méthode, dont j'ai retrouvé récemment un exemplaire : à ma grande surprise, méthode 100% globale – surprise car je ne sais pas comment j'ai pu apprendre à lire avec ça ! La première fois qu'une lettre est associée à un son, c'est le « u » à la leçon n°14. À la leçon n°1 spéciale première semaine de septembre, on lit : « Béatrice, son papa, sa maman » !!! Je soupçonne mon instituteur, en blouse grise et en fin de carrière, de s'être éloigné du bouquin... Il distribuait des bons points et des fables de La Fontaine illustrées pour nous récompenser.

 

2) Vos lectures préférées lorsque vous étiez enfant ?
cf. questionnaire précédent
Je lisais aussi énormément de revues comme Gullivore ou Pif Gadget (j'ai découvert vingt ans plus tard que c'étaient des journaux communistes...), Astrapi, J'Aime Lire, Les Belles Histoires, etc. Ma mère n'aimait pas tellement me voir bouquiner la Comtesse de Ségur.

 

3) Aimez-vous la lecture à haute voix ?
Une phrase bien tournée ou un beau poème la méritent.


4) Votre conte préféré ?
« Préféré » je ne sais pas, mais l'histoire d'une Reine des Glaces très méchante qui remplaçait le cœur d'un jeune garçon par un glaçon m'a beaucoup marquée. Serait-ce un conte d'Andersen ?


5) La meilleure adaptation d’un roman ou d’une pièce de théâtre ?
Harry Potter, sans conteste : à mon avis les seuls livres qui ont permis de réaliser des films meilleurs qu'eux (un mien ami brocardait un jour le style de Rowling : "Harry monta les escaliers quatre à quatre." Cela m'est resté.)


6) Apprenez-vous par cœur certains poèmes, répliques de théâtre, passages de roman ?
Non, et je le déplore !


7) Avez-vous des livres ou des magazines dans vos toilettes ?
Non.


8) Avez-vous plusieurs lectures en chantier ? Combien ? Lesquelles ?
Oui, toujours ! J'essaie de me contrôler mais j'ai en permanence au moins trois livres entamés... quand je n'atteins pas la dizaine... En ce moment : il me reste trente pages de Madame Bovary, je suis au début du Journal d'une institutrice clandestine de Rachel Boutonnet, et aussi du Livre noir de la Révolution française.


9) Le poète que vous ne cesserez jamais de relire / de vous réciter ?
Baudelaire. La Fontaine compte-t-il dans les rangs des poètes ?


10) Le livre que vous avez lu le plus rapidement ? Le plus lentement ?
Quand j'avais douze ans, je lisais trois livres par semaine (tout le catalogue de l'École des Loisirs y est passé). Le plus lentement, ce sont ceux que je n'ai pas encore finis : par exemple Les Caractères de La Bruyère – déjà mentionnés ici – me plaisent tant que cela fait deux ans que je les lis, en distillant (sans diluer).


11) Préférez-vous les éditions de poche aux originales ? Pourquoi ?
J'achète le plus souvent des livres de poche, ce qui ne fait qu'augmenter le plaisir d'acquérir une édition originale de temps en temps.

 

12) Le(s) livre(s) que vous ne rangez jamais dans votre bibliothèque et qui traîne(nt) toujours ?
Les Caractères de La Bruyère, donc, les Fables de La Fontaine, Réussir sa mort de Fabrice Hadjadj et la Bible.


13) Quel est votre rapport physique à la lecture ? Debout ? Assis ? Couché ?
J'aime lire assise dans mon lit, et surtout le matin.


14) Vos lectures sont-elles commentées crayon en main ?
Si ce sont des essais en livre de poche, oui.


15) Offrez-vous des livres ?
Oui, souvent.


16) La plus belle dédicace, que ce soit de l’auteur ou de la personne qui vous l’offrit ?
En hypokhâgne nous avions étudié W ou le souvenir d'enfance de Georges Perec. La dédicace en était « à E. », ce qui pouvait se comprendre de mille façons. Ce foisonnement de sens dans la plus minuscule et la plus anodine formule m'avait éblouie.


17) Quel est votre rapport sensuel au livre ? (Odeur, texture, etc.)
J'apprécie les odeurs d'encre, j'aime ouvrir la couverture d'un coup bien franc pour la casser.


18 ) Quels sont les auteurs dont vous avez lu les œuvres intégrales ?
Pierre Desproges, et je crois que c'est le seul.... Les autres ont trop écrit, sans doute.

 

19) Un livre qui vous a particulièrement fait rire ?
Le Journal de Bridget Jones (beaucoup moins vulgaire que le film, le livre est plein d'humour british).


20) Un livre qui vous a particulièrement ému ?
Massacre des Innocents, de Fabrice Hadjadj. C'est une pièce de théâtre (qui doit dater de 2006) à laquelle j'ai d'abord assisté avant d'en lire le texte, d'une incomparable puissance. La postface de l'auteur est un monument.


21) Le Livre qui vous a terrifié ?
Le Chien des Baskerville de Conan Doyle, lu vers treize ans. Lire en fermant les yeux, voilà qui n'est pas simple !

 

22) Le livre qui vous a fait pleurer ?
À quinze ans j'ai pleuré toutes les larmes de mon corps pendant les 150 dernières pages d'Autant en emporte le vent (qui en compte bien 1500 en tout). Sinon je pleure à chaque fois que je relis Cyrano de Bergerac.


23) L’introduction/ l’avertissement qui vous a le plus marqué ?
L'introduction de Réussir sa mort de Fabrice Hadjadj est assez géniale : une dizaine de lignes intitulées « Réussir sa lecture ». Parfaitement dans le ton du bouquin.


24) Le titre le plus marquant, original, décalé, astucieux ?
Pas encore lu, mais Le XIXème siècle à travers les âges, c'est quand même un titre exceptionnel.


25) Décrivez votre bibliothèque.
J'aime que tout soit bien rangé : il y a donc une étagère pour les dictionnaires, une étagère pour les essais, une étagère de romans. Certains dans le salon, d'autres dans la chambre. Tout cela ne tient évidemment pas l'épreuve de la réalité, et l'on retrouve les livres d'art et de peinture en pile par terre dans le salon, des Librio dans les essais, des manuels scolaires parmi les romans en anglais. Globalement c'est quand même rangé par ordre alphabétique. Il y a encore quelques cartons de livres dans les placards, jamais sortis depuis le dernier déménagement – principalement des livres d'enfance, des Folio Benjamin. Y penser me rend triste.

 

26) Les livres dont vous vous êtes finalement débarrassé ?
Le Monde de Sophie, jamais fini, vraiment trop bête. Revendu avec délectation. Sinon, des bouquins de concours, les Profil pour le bac. J'ai fini par jeter un poche de Boileau-Narcejac souffrant d'une grave malformation. Après cent pages de lecture, on n'y comprenait plus rien, et pour cause : les pages étaient reliées complètement dans le désordre dans les deux derniers tiers du livre.


27) L’endroit le plus insolite où vous lisez ?
Aucun, rien que de très banal.

 

28 ) Il ne vous reste que trois jours à vivre : que souhaitez-vous lire ou relire ?
Je ne sais pas ! Rien sans doute, devant l'ampleur du choix, comme l'âne de Buridan.


29) Votre livre d’art préféré ?
Le catalogue d'une exposition du photographe Andreas Gursky. Le Kubrick de Michel Ciment.

 

30) La bibliothèque idéale ?
Trois ou quatre meubles en plus sur mes murs pour ranger tout ça...


31) L’incipit qui vous a le plus marquée ?
Il ne m'a point tant marquée car je ne me le rappelle plus.


32 ) La clausule qui vous a le plus marqué ?
Cf. questionnaire précédent : la dernière scène de Ruy Blas.

vendredi, 18 juillet 2008

Portrait

Il a 35 ans, une femme, deux enfants, une maison. Il s'appelle Christophe. Il roule en Berlingo. Il est prof, sa femme aussi. Récemment il a acheté un chien, à 850 euros parce qu'un chien de race c'est mieux (ça tombe moins malade). Le chien a reçu le prénom qu'aurait eu le troisième enfant – mais finalement il n'y aura pas de troisième enfant puisque les deux premiers sont jumeaux. Toujours souriant, serviable, il est de bonne compagnie. Sa conscience politique le fait s'insurger contre le gouvernement, particulièrement en matière de réductions de postes. Il redoute un retour à la Troisième République, c'est-à-dire à Travail-Famille-Patrie. Il aime faire des blagues pour détendre l'atmosphère, il envoie des e-mails remplis de phrases comme : "Bientôt le weekend, bon courage pour ceux qui bossent !". Christophe est un mec sympa.

mercredi, 16 juillet 2008

C'est dommage...

J'aime la manière de douceur mélancolique qu'ont ces chanteurs de prononcer ce même constat.

 


 


mardi, 15 juillet 2008

Relire « Madame Bovary »

« Il prit l'habitude du cabaret, avec la passion des dominos. S'enfermer chaque soir dans un sale appartement public, pour y taper sur des tables de marbre de petits os de mouton marqués de points noirs, lui semblait un acte précieux de sa liberté, qui le rehaussait d'estime vis-à-vis de lui-même. »

(Chapitre I)

En passant

En traversant une énième rue Victor Hugo, je m'aperçois que je ne suis jamais passée dans une rue Gustave Flaubert.

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