jeudi, 22 février 2007
Le n-ième homme (2)
Et avec tout ça, on ne sait toujours pas s'il convient de prononcer Dupon-Haignan ou Dupontaignan!
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mardi, 20 février 2007
Aujourd'hui dans notre rubrique "Le XXIe siècle invente l'eau chaude" : la culture est-elle facteur de civilisation ?
Après le rapport commandité par le Ministère de l'Éducation nationale à un éminent linguiste qui conclut suite à deux ans d'enquête qu'il faut apprendre les bases de la grammaire avant de s'adonner à l'observation réfléchie de la langue ; après les querelles au sommet de l'État pour savoir s'il faut préciser dans le Code civil que le mariage est l'union d'un homme et d'une femme ; après les recherches très sérieuses pour savoir qui est responsable de la mort d'un mineur alcoolisé au volant d'une voiture volée ayant percuté un mur, je me devais d'inaugurer une nouvelle rubrique intitulée « Le XXIe siècle invente l'eau chaude ».
C'est dans les pages du Monde du 15 février dernier que l'on pouvait lire un article signé Marion Van Renterghem au sujet d'un professeur de lettres classiques dans un lycée de banlieue. Ce jeune professeur dynamique a réussi à décupler les effectifs des cours de grec dans son établissement. En sus, il anime un club de théâtre où les adolescents jouent Shakespeare, à l'ébahissement de leur entourage. Tout cela est fort réjouissant, quand bien même le discours est enrobé de la plus pure rhétorique gauchiste : «Augustin d'Humières [le professeur en question], de son côté, ruse pour les prendre par les sentiments. Quand Zidane a créé une association contre la leucodystrophie, il a analysé le mot par le grec ("blanc" + "mauvais" + "nourrir" = mauvaise alimentation du sang en globules blancs). Succès assuré. Autre argument auquel sont sensibles les nombreux élèves d'origine maghrébine : le modèle que fut le monde gréco-romain pour les sociétés occidentales. "En latin et en grec, note le professeur, nous évoluons dans un monde méditerranéen, entre Alexandrie et Athènes, Rome et Carthage. Il ne déplaît pas aux élèves de constater qu'au-dessus, c'étaient des analphabètes, des barbares..." ». C'est lourd de sous-entendus !
Malgré tout, l'article fait plutôt plaisir à lire, n'était sa conclusion :
« Le premier spectacle a eu lieu en juin 2003, devant 450 personnes, au théâtre municipal de Meaux. Professeurs, élèves, parents, proviseurs, tous étaient sidérés. "On ne reconnaissait pas nos élèves, raconte Angélique Guillerot, professeur de français. C'était magique de voir les plus en difficulté, blancs, beurs, blacks, se mettre à vivre littéralement un texte de Shakespeare qu'ils n'auraient pas su lire. Ensuite, leur attitude en classe a beaucoup changé. Le grec éveille leur curiosité pour les mots, le théâtre leur donne l'enthousiasme." Les enseignants se sont posé des questions : pourquoi les élèves piétinent-ils à l'école alors qu'ils connaissent une telle métamorphose dans un contexte extra-scolaire ? Deux membres de Mêtis ont intégré le Conservatoire national d'art dramatique. Un autre spectacle se jouait à l'entrée du théâtre. Un cortège ému et pomponné, celui des familles des élèves comédiens. Ces femmes en boubou ou coiffées d'un foulard, avec leurs maris et leurs enfants, pénétrant timidement dans le hall du théâtre pour la première fois de leur vie. Oui, c'est possible : Shakespeare et Homère peuvent changer les choses. ». [c'est moi qui souligne]
Dame ! La culture serait donc facteur de civilisation !!!
16:55 Publié dans Le XXIe siècle invente l'eau chaude | Lien permanent | Commentaires (26) | Envoyer cette note
lundi, 19 février 2007
Gourmandises
J'ai une tendresse particulière pour les mots qui n'existent que dans une seule expression, comme « fur » dans au fur et à mesure, « ores » dans d'ores et déjà, le verbe « chaloir » dans peu me chaut. Si d'aucuns ont d'autres idées, je suis preneuse.
16:05 Publié dans Langue | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note
mercredi, 14 février 2007
Ce qu'il ne faut pas lire !
On m'a offert récemment le dernier bouquin de Jean d'Ormesson, La Création du monde. Le titre est un peu prétentieux, mais voilà une bonne occasion de découvrir un auteur que je n'ai jamais lu, d'autant que ce cadeau part d'une généreuse intention. C'est donc plutôt bien disposée que j'ai entamé cette lecture.
C'est l'histoire de quatre hommes en vacances en Grèce (narration n°1) qui trouvent un manuscrit (narration n°2 mise en abyme) et qui se le lisent à haute voix au cours de leur séjour. Le manuscrit en question est rédigé à la première personne, le narrateur Simon étant en proie à des rêves dans lesquels Dieu himself le visite pour disserter avec lui sur foule de sujets qui ressemblent beaucoup au programme de philo de la classe de terminale.
Le manuscrit (n°2) occupe environ 80% du livre, ce qui n'empêche pas certains des quatre personnages de l'histoire n°1 de s'exclamer régulièrement que ce texte raconte n'importe quoi et devrait sur-le-champ être jeté aux orties... Pour le lecteur qui a le livre de d'Ormesson dans les mains, il y a de quoi se poser des questions quant à l'utilité de poursuivre...
Perplexité toujours, je me demande l'intérêt d'un tel livre, sinon celui de nourrir son auteur (il en aurait déjà vendu plus de 100 000 exemplaires !). D'Ormesson nous tartine des pages et des pages de propos pontifiants – il peut, puisque c'est Dieu qui parle, c'est forcément grondant et ronflant – sur des sujets aussi inédits que le temps, l'espace, la vie, la mort, le sommeil, les rêves, etc. Cela se veut philosophique, j'ose l'espérer, mais quelle lourdeur de style et quelles banalités ; sans blague je repensais à chaque page à mon pauvre professeur de philo qui nous ennuya huit heures par semaine durant une longue année avant le baccalauréat.
Le livre est divisé en huit chapitres, intitulés « Premier Jour », « Deuxième Jour », etc., voyez la subtilité. Et comme le narrateur n°2 ne cesse de dire qu'il est ignorant et qu'il veut qu'on lui explique, il suscite des réponses-fleuves façon étalage de confiture culturelle assez rapidement pénibles. Exemple, page 51 :
« Tu n'es pas Gabriel ? [demande Simon à un ange qu'il voit dans son sommeil]
– Non, me dit-il. Je suis Uriel. Dieu est entouré d'une troupe de messagers célestes qui portent des noms différents selon vos régions et vos cultures. Les Perses les appelaient amshaspends : Bahman, "la Bonne Pensée" ; Ardibihishi, "la Meilleure Vertu" ; Shahriver, "l'Empire désiré" ; Spendârmidh, "l'Abandon généreux" ; Khordêdh, "la Santé" ; Murdâd, "l'Immortalité".
– Ah ! très bien, lui dis-je. [j'adore cette phrase, ndlr]
– Et les Juifs, séphirots : "Conscience", "Sagesse", "Intelligence", "Amour", "Puissance", "Beauté", Victoire", Spendeur", "Fondement", "Royaume".
– C'est une chance inouïe, lui dis-je, de t'avoir rencontré.
– Dans la langue que tu parles, ils sont répartis en neuf chœurs et trois ordres ou hiérarchies :
Première hiérarchie
Chœur des Séraphins
Chœur des Chérubins
Chœur des Trônes
Deuxième hiérarchie
Chœur des dominations
Chœur des vertus
Chœur des Puissances
Troisième hiérarchie
Chœur des Principautés
Chœur des Archanges
Chœur des Anges »
Ce n'est plus un roman, c'est une encyclopédie ! Quand ce ne sont pas les anges qui délivrent des cours, ce sont les personnages :
« Alors là, éclata André, franchement, c'est trop fort ! Cette fripouille de Simon pousse le bouchon un peu loin. Saint Augustin pour la deuxième fois ! Toujours Les Confessions, toujours le livre XI. Mais nous avançons de quelques pages : chapitre 14. »
Dis-moi, ça c'est de la littérature, coco ! Ce qui m'étonne le plus réside bien dans les critiques que j'ai pu lire ici et là. Tout le monde s'accorde à trouver cette Création du monde inventive, espiègle (oui, un peu, quand Simon demande à Dieu s'il est marxiste par exemple), hautement réfléchie et puissante, bien écrite et jamais ennuyeuse... Dans le genre je conseille plutôt les Evangiles, nettement plus édifiants et plus récréatifs !
Le n-ième homme
Et avec tout ça, on ne sait toujours pas s'il convient de prononcer Baillerou ou Bérou !
13:30 Publié dans Langue | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note

