dimanche, 31 décembre 2006

Finissons l'année en beauté

Voilà un mois que je reçois le Figaro bien involontairement chaque jour, grâce à un abonnement que j'ai gagné (sans avoir joué à rien, comme c'est l'ordinaire aujourd'hui). Et avec le Figaro viennent ses montagnes de suppléments. Je descends la poubelle à papier deux fois plus souvent. 

Le supplément Madame Figaro du 30 décembre 2006 présente un article merveilleusement synthétique de toute notre époque, sous le titre « Que feriez-vous pour changer le monde ? ». On a posé la question à onze personnalités, qu'on a prises en photo (en noir et blanc, c'est plus stylé) en train de se donner la main façon ronde-de-l'amitié, chaîne-de-l'espoir ou ce genre de sornettes récurrentes. Sous chaque personne photographiée, son nom et sa réponse. Quand je vois le résultat, j'ai envie de chanter et de danser : c'est BEAU, et mon cœur s'emplit de barbapapa.

 

- Il y a les réponses « politiques » (guillemets obligatoires) : « Inventer des leviers pour les pays du Sud », selon Claude Bébéar. « Lutter contre les inégalités » répond Axel Kahn qui ne sait plus quoi faire pour ressembler à un Bisounours. « Défendre la démocratie à tout prix » nous dit Francine Leca, chirurgienne – comme on dit, ce genre de réponses, ça ne mange pas de pain. « Changer la donne dans les lycées » se préoccupe Richard Descoings, directeur de Sciences Po, l'inventeur du concours injuste. « Inverser la tendance du tout-jetable » propose Nathalie Kosciusko-Morizet, députée de l'Essonne. Et « Créer une charte de la citoyenneté du monde »  pour Valérie Accary, présidente de l'agence de publicité BBDO Paris, qui à mon avis n'est jamais sortie de Paris pour claironner un truc pareil. Déjà le Français moyen a tendance à se moquer comme d'une guigne d'une telle charte – concept à la mode s'il en est – alors imaginons le paysan turkmène ou le trader américain. Et puis, les citoyens du monde, ce sont ceux qui ont vu tous les grands aéroports de la planète mais guère autre chose, non ? "Quoi tu n'es jamais allée aux Etats-Unis ??? Mais pourquoi ??? Tu devrais faire le Brésil, j'ai vachement aimé."

 

- La réponse  « philosophique » : « Se créer un but plus important que soi », en même temps le gars (Luiz Seabra) qui dit ça est PDG d'une entreprise de cosmétiques. Chacun ses ambitions.

 

- Les réponses à côté de la plaque : « Relever le défi du vieillissement » (???) selon la créatrice de mode Véronique Leroy et « Dire haut et fort que la drogue est un piège » selon la jeune actrice Sara Forestier (à l'élocution tellement gracieuse).

 

- Les réponses ravies et ravissantes : « Mettre en avant la beauté de la vie » pour Christine Janin, alpiniste et médecin, et surtout, surtout, la palme à la journaliste Marie Drucker qui déclare « Décréter le bonheur comme projet collectif ».

 

Avec ça, nous voilà vaccinés pour entrer dans la nouvelle année, que je souhaite faste à tous mes lecteurs ! 

vendredi, 15 décembre 2006

Calamity Jane par Jean-François Coen


podcast

mercredi, 13 décembre 2006

Sa me fé gr1C D dan

L'Assurance Maladie vient de lancer une campagne pour inciter les enfants à partir de six ans à aller chez le dentiste en étant remboursés, afin de prévenir les problèmes plus tôt qu'auparavant quand le bilan était obligatoire seulement à partir de douze ans (si j'ai bien tout compris). De nos jours quand on s'adresse aux adultes, on leur parle comme à des bébés, quand on s'adresse aux adolescents, on leur parle comme à des singes, il était donc logique qu'en visant des enfants tout juste alphabétisés on leur parle comme à des protozoaires aphasiques : 

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lundi, 11 décembre 2006

Métaphysique du moucheron

« Fruit fly » de Nada Surf, une de mes chansons préférées entre toutes.


podcast

left some food wrapped up
in a plastic bag
on the kitchen table
way too long
I sat down to eat
next to the bag
I was too tired
to throw it out
I saw a swarm of fruit flies
I took the bag downstairs
when I came back
they were still there
flying jerky patterns
like snowflakes in the air
I’m sorry you’ve got nowhere to go
left straight right straight
I can’t find a reason
I know I’ll keep going but
I can’t find a reason
nothing looks right
nothing smells right
and I can’t land
geometric patterns
smearing out of control
only have enough gas left
for the beercan to the bowl
what can you do but go on?
oh no you make your own mistakes
I cannot bring them back to you
oh no you make your own mistakes
I cannot measure up to you

Fête des lumières®

À Lyon, la Fête des lumières® est enfin terminée après quatre jours de dispositifs, d'installations vivantes, de projets, de fresques géantes, de lumignons capteurs, de mises en espace et de réinterprétation de la temporalité à travers la participation du public acteur de l'architecture. 

Cette fête, rappelons-le utilement, est une fête religieuse qui a pour vocation de remercier Marie, chaque 8 décembre.

Tout le monde a pu l'oublier cette année avec une fête étalée du jeudi au dimanche, sur laquelle la mairie a copieusement communiqué pour vanter toutes les illuminations spectaculaires prévues. Il faut savoir que la marque « Fête des lumières » est déposée depuis 2003, ce qui permet de vendre des produits dérivés et d'utiliser un logo. Pour le chaland, la promenade dans les rues à la nuit tombée a ressemblé à un parcours résumé et condensé du monde d'Homo festivus. Sur chaque place illuminée, un petit texte pour présenter l'œuvre se donnait à voir, dans le plus pur style festiviste. Florilège pour le plaisir :

« Un tramway rose bonbon brave la grisaille de l’hiver pour un voyage voluptueux et un tramway bleu, pour une plongée dans un univers azuréen. Ces deux couleurs opposées se reflètent à l’intérieur du tramway créant des ambiances contrastées et futuristes. »

« Une symphonie lumi-végétale en plein cœur de Lyon : rue de la République, ce sont des milliers de feuilles de miroir qui s’adonnent au soleil le jour et aux lumières de la nuit au sein de cet "Hiver de glace" mis en scène par Mourka Glogowski. Rue Édouard Herriot, des inflorescences germées du ciel s’épanouissent au-dessus des têtes comme d’improbables lustres. Signée David Lesort et Arnaud Giroud (Pitaya), "Lux Sky Flower" est une invitation à se rencontrer et à s’embrasser sous chaque bouquet de lumière… » [Pour avoir vu en vrai, en gros on a mis des feuilles d'alu dans les arbres et des couronnes de fleurs métalliques éclairées par des ampoules 100W au dessus de la rue.]

« Dans l’intimité de la place des Célestins fleurit un jardin extraordinaire, où se mêlent art poétique et installation vivante. Vous vous sentez attiré par le clignotement doucereux de "gyrofleurs" roses disséminés dans les massifs. Une brume légère s’élève des deux bassins, irisée de couleurs changeantes et d’images projetées. La monumentale façade du théâtre se mue alors en une immense ruche, refuge d’une multitude d’insectes bourdonnants révélés par les lumières ambiantes. Bruissements, effluves estivales [sic] et vrombissements remplissent le silence de la nuit et s’accordent à la partition de Mozart. » [En vrai, la façade était illuminée d'images d'insectes avec vaporisation d'un produit du genre "parfum d'intérieur Nature & Découvertes", c'est-à-dire que ça pue la molécule de synthèse. Je dois être sourde car je n'ai pas entendu les vrombissements mozartiens.]

Bref, beaucoup, beaucoup de bullshit devant des gens qui ne savaient pas s'ils devaient accepter de croire à ce qu'il y avait marqué sur le programme... Petite note réjouissante, le gros de la fête était prévu sur la place Bellecour, où trône une statue équestre monumentale de Louis XIV : elle devait être recouverte d'une sphère luminescente afin de donner l'impression qu'elle était dans une boule à neige (!!!) sur laquelle aurait été écrit « I LOVE LYON » . C'était sans compter sur la pluie, qui a obligé à démonter ce machin au bout d'une journée avant même le début des festivités, « En raison des intempéries cette installation est définitivement annulée ». Ce brave Louis a dû intercéder auprès du Seigneur pour envoyer le déluge ! Cela n'a toutefois pas empêché deux façades en bord de Saône d'être illuminées de la projection en 30 x 15 mètres du logo d'une compagnie d'assurance "partenaire de l'événement". Vraiment, la Fête des lumières® n'a plus rien à voir avec le 8 décembre.