mardi, 20 février 2007
Aujourd'hui dans notre rubrique "Le XXIe siècle invente l'eau chaude" : la culture est-elle facteur de civilisation ?
Après le rapport commandité par le Ministère de l'Éducation nationale à un éminent linguiste qui conclut suite à deux ans d'enquête qu'il faut apprendre les bases de la grammaire avant de s'adonner à l'observation réfléchie de la langue ; après les querelles au sommet de l'État pour savoir s'il faut préciser dans le Code civil que le mariage est l'union d'un homme et d'une femme ; après les recherches très sérieuses pour savoir qui est responsable de la mort d'un mineur alcoolisé au volant d'une voiture volée ayant percuté un mur, je me devais d'inaugurer une nouvelle rubrique intitulée « Le XXIe siècle invente l'eau chaude ».
C'est dans les pages du Monde du 15 février dernier que l'on pouvait lire un article signé Marion Van Renterghem au sujet d'un professeur de lettres classiques dans un lycée de banlieue. Ce jeune professeur dynamique a réussi à décupler les effectifs des cours de grec dans son établissement. En sus, il anime un club de théâtre où les adolescents jouent Shakespeare, à l'ébahissement de leur entourage. Tout cela est fort réjouissant, quand bien même le discours est enrobé de la plus pure rhétorique gauchiste : «Augustin d'Humières [le professeur en question], de son côté, ruse pour les prendre par les sentiments. Quand Zidane a créé une association contre la leucodystrophie, il a analysé le mot par le grec ("blanc" + "mauvais" + "nourrir" = mauvaise alimentation du sang en globules blancs). Succès assuré. Autre argument auquel sont sensibles les nombreux élèves d'origine maghrébine : le modèle que fut le monde gréco-romain pour les sociétés occidentales. "En latin et en grec, note le professeur, nous évoluons dans un monde méditerranéen, entre Alexandrie et Athènes, Rome et Carthage. Il ne déplaît pas aux élèves de constater qu'au-dessus, c'étaient des analphabètes, des barbares..." ». C'est lourd de sous-entendus !
Malgré tout, l'article fait plutôt plaisir à lire, n'était sa conclusion :
« Le premier spectacle a eu lieu en juin 2003, devant 450 personnes, au théâtre municipal de Meaux. Professeurs, élèves, parents, proviseurs, tous étaient sidérés. "On ne reconnaissait pas nos élèves, raconte Angélique Guillerot, professeur de français. C'était magique de voir les plus en difficulté, blancs, beurs, blacks, se mettre à vivre littéralement un texte de Shakespeare qu'ils n'auraient pas su lire. Ensuite, leur attitude en classe a beaucoup changé. Le grec éveille leur curiosité pour les mots, le théâtre leur donne l'enthousiasme." Les enseignants se sont posé des questions : pourquoi les élèves piétinent-ils à l'école alors qu'ils connaissent une telle métamorphose dans un contexte extra-scolaire ? Deux membres de Mêtis ont intégré le Conservatoire national d'art dramatique. Un autre spectacle se jouait à l'entrée du théâtre. Un cortège ému et pomponné, celui des familles des élèves comédiens. Ces femmes en boubou ou coiffées d'un foulard, avec leurs maris et leurs enfants, pénétrant timidement dans le hall du théâtre pour la première fois de leur vie. Oui, c'est possible : Shakespeare et Homère peuvent changer les choses. ». [c'est moi qui souligne]
Dame ! La culture serait donc facteur de civilisation !!!
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