jeudi, 26 avril 2007

À qui c'est-y le mignon chopinou ?

Il ne se rencontrait jadis que cette sorte de gens qui donnent à leur chien des noms d'hommes (Hugo le caniche, Julien le labrador, Marcel le terre-neuve...). La nouveauté est de croiser désormais des gens qui donnent à leurs enfants des noms de chiens (Mathys, Logan, Titouan...).

 

Ah, on me dit que Logan est plutôt un nom de voiture...

lundi, 25 septembre 2006

Barbarie douce

Invitée pour l'apéritif chez un couple trentenaire parent d'un enfant de deux ans et demi, je me retrouve monopolisée par celui-ci pour coller des gommettes et lire des histoires. Le garçon, prénommé Tom (on sait ce que j'en pense), est bavard et à l'aise, mais quelque chose se remarque : il parle de lui-même à la troisième personne. « Tom va manger, Tom est assis dans son fauteuil, Tom aime bien les gommettes », etc. Je fais mine de m'étonner auprès de la mère : « C'est bizarre, il parle de lui à la troisième personne... », espérant instiller chez elle ne serait-ce qu'une pointe de doute – et voici qu'elle me répond du tac-au-tac et avec aplomb : « Oui c'est normal, tu sais, les enfants ne comprennent pas "je" et "tu", c'est pourquoi il faut leur parler à la troisième personne ».

Il me semble au contraire que les enfants sont des gens comme vous et moi – je veux dire, nous sommes de la même engeance ! – et cette façon de les regarder comme une espèce à part me rappelle de judicieuses réflexions de Jean-Pierre Le Goff dans cette émission (à partir de la vingtième minute) sur une nouvelle barbarie douce à l'œuvre dans les rapports que nous entretenons avec les enfants.

mercredi, 19 juillet 2006

Manuel bioéthique

medium_pub-manuel_bioethique.jpgOn m'a mis entre les mains le Manuel bioéthique des jeunes édité et diffusé gratuitement par la Fondation Jérôme Lejeune. Je pensais être à peu près au courant des pratiques de fécondation in vitro, de diagnostic prénatal, d'avortement, etc., or j'ai énormément appris en lisant ce petit ouvrage. J'ignorais par exemple le principe du stérilet. Ce manuel, d'après son titre, est réalisé pour les jeunes mais il concerne tout le monde (le côté "jeune", c'est tout simplement une présentation claire), et je ne saurais trop en conseiller l'édifiante lecture.   

mardi, 06 juin 2006

La vie, ce n'est pas la mort

Ma meilleure amie vient d'apprendre qu'elle est enceinte. Elle va consulter son médecin, et la première chose qu'elle s'entend demander, c'est : « Voulez-vous une IVG ? ». Qu'on s'étonne ensuite qu'un tel acte soit banalisé dans les consciences.

mercredi, 24 mai 2006

Sans commentaire

Dans Le Figaro de ce jour, un article de Marie-Estelle Pech :

 

Les « people » au programme des collèges et des lycées

Une autobiographie de chanteur étudiée en cours de français, une actrice sollicitée pour lire du Racine, des romans de Marc Levy décortiqués comme du Victor Hugo... Les célébrités ont la cote auprès de certains profs.

 

 

 

(...) Cette année, huit enseignants du renommé lycée Joffre à Montpellier (Hérault) ont décidé de faire (...) plancher leurs élèves de première sur la récente autobiographie à succès du chanteur Hervé Vilard, L'Âme seule, où ce dernier raconte son passé d'enfant confié à l'assistance publique. Au risque de déconcerter les examinateurs, cet ouvrage sera même présenté à l'oral du bac par les élèves de Joffre dans quelques semaines ! « Ce livre a de vraies qualités littéraires », justifie Patrick Loubatière, le professeur de français à l'origine de cette initiative. L'ancien chanteur de charme des années soixante-dix a été invité à discuter de son œuvre avec les lycéens, la semaine dernière.

À Toulouse, lundi, c'est l'actrice Carole Bouquet qui est venue « transmettre sa passion » pour la littérature, et notamment pour la Bérénice de Racine, aux lycéens d'un quartier sensible. « Elle m'a donné envie de découvrir le théâtre », a lancé Hinda, impressionnée de rencontrer l'actrice.

Jeune enseignante de français dans un collège des Yvelines, Laurence ne s'est toujours pas remise des conseils de son inspecteur pédagogique l'an dernier : faire étudier Le Voile noir d'Anny Duperey, dans lequel l'actrice raconte la disparition tragique de ses parents. Les romans à l'eau de rose de Marc Levy, pourtant régulièrement éreintés par la critique littéraire, ont bonne presse auprès de certains inspecteurs. « On nous encourage à étudier des œuvres de faible niveau. Comme si nous étions là pour faire stagner les élèves », s'agace Laurence.

Au lycée Joffre de Montpellier, Patrick Loubatière se défend de tout nivellement par le bas. Selon lui, celle d'Hervé Vilard illustre parfaitement le thème de l'autobiographie, au programme du bac de français. La plupart des élèves lui ont confié se sentir davantage concernés par ce livre que par les Confessions de Jean-Jacques Rousseau, « qui leur est tombé des mains », précise-t-il, même dans ce lycée réputé pour ses bons résultats au bac. Il est « plus facile de s'identifier à Hervé Vilard qu'à Montaigne parce qu'il est plus proche de nous, confirme Agathe, élève de première S. Son passé d'orphelin est touchant. C'est un homme très simple, pas intimidant, à qui on a pu poser plein de questions. » (...)

mercredi, 01 février 2006

Une question de vie et de mort

Hier je suis passée devant un panneau qui proposait de réaliser des échographies, des photos et des films d'enfants à naître. C'est-à-dire qu'ils ne sont même pas encore nés et qu'on vient déjà les ennuyer avec le petit oiseau qui va sortir. Mais pourquoi attendre, en effet, pour coller des photos dans un album-souvenir ?

Cette maladie de la photo à tout prix, comme pour figer l'instant et conjurer l'angoisse, ressemble à une forme d'hybris : incapable de supporter la marche du temps et la mort inéluctable, l'homme numérique photographie tout, consigne pathologiquement, s'accapare et thésaurise l'éphémère en se berçant d'illusions. Car cet effort désespéré de tout garder en images sonne aussi comme un formidable aveu d'impuissance. Notre mémoire ne peut tout retenir, alors nous essayons de prendre un maximum de photos, ce qui s'avère toujours vain et triste.

Nous ne sommes plus capables de percevoir, ni de recevoir, ni de contempler. Au lieu de regarder les enfants grandir et vivre, de les voir vraiment et de les accompagner, de se laisser toucher par eux et par ce qu'ils peuvent nous apprendre, on les mitraille de flashes et on les fige en de jolis clichés – les bambins sont d'ailleurs tellement plus mignons en photo !

Je pense à ma petite cousine dont le père avait déjà réalisé 1500 photos d'elle avant qu'elle n'atteigne l'âge d'un an... Son père a-t-il seulement eu le temps de la regarder dans les yeux, et non au travers de l'objectif ? A-t-il contemplé un seul de ses sourires sans penser à la photo qu'il aurait pu faire ? A-t-il supporté de la voir changer et devenir une enfant, la laissera-t-il devenir une femme sans l'étouffer sous les photos de son enfance ?

Je pense à l'enterrement de ma grand-mère le mois dernier, et à mon oncle qui a photographié la dépouille mortelle de sa propre mère, puis qui a pris des dizaines de photos du cercueil et même de l'intérieur du caveau après l'inhumation. Va-t-il réaliser un album ? Va-t-il poser la photo encadrée du cadavre de sa mère sur sa cheminée ?

Laissons les enfants vivre, et laissons les morts en paix. On chérit d'autant plus les photos de son enfance qu'on en possède peu, et on chérit le souvenir de quelqu'un de vivant, pas de sa dépouille.

Je ne me rappellerai jamais parfaitement les jours les plus beaux de ma vie, mais le sentiment de félicité demeure même dans un souvenir fuyant, que je chéris précisément parce qu'il m'échappe.

lundi, 28 novembre 2005

Carnet

Vendredi dernier, sur un malentendu (je pensais y trouver un texte de Finkielkraut, qui avait dû paraître la veille), j'achetai Le Monde - ce qui constitue en soi un événement.
Un éditorial idiot et contradictoire ouvrait le bal, mais je lus pourtant la plupart des articles, histoire de rentabiliser mon euro vingt. C'est alors que cette annonce du carnet me passa sous les yeux :

« Anne et Marine RAMBACH
ont la joie d'annoncer la naissance de leur fille
Odyssée,
petite soeur de
Athène,
née le 18 novembre 2005. »

Bon, déjà, hein, le prénom des gamines. Un peu lourds, un peu pompeux. Je me demande si l'on est bien avec de tels prénoms les jours où on a envie de rester en pyjama et de ne pas se laver les cheveux. Ah ça, avoir le nom d'une déesse grecque ou d'une épopée, ça oblige à bien se tenir.
Bon, hein, mais, ensuite, les parents... Je m'interroge : est-ce l'une de ces nouvelles familles homoparentales et si fières de l'être ? Si oui, voilà un spécimen carrément subversif de progressisme, puisque les deux femmes partagent apparemment le même nom de famille (je ne crois pas savoir que le PACS permette l'usage du nom du conjoint, mais je peux me tromper). Mais peut-être est-ce tout simplement une famille normale (j'assume l'épithète) avec un père et une mère, car le prénom Anne fut longtemps porté par les hommes. Un père prénommé Anne laisse imaginer une famille plutôt aristocrate, ce qui expliquerait le prénom des enfants. L'air du temps me fait néanmoins craindre la première hypothèse.

vendredi, 14 octobre 2005

Faire-part

Un jour j'ai reçu ce faire-part de naissance, émanant d'un mien cousin :

 

Télégramme

Suis arrivé en avance - Stop - A temps pour l'apéro - Stop - Le telle date à 12h00 - Stop - Je suis grand, beau et fort - Stop - Maman est rayonnante - Stop - Papa est tout ému - Stop - Les infirmières sont mignonnes - Stop - Bref, je m'éclate - Stop - Venez vite me voir, j'ai hâte de vous connaître - Stop - Mille bisous !

--- Suivent le prénom de l'enfant et l'adresse des parents ---

 

Les parents ont sans doute voulu bien faire, ajoutant une touche "d'humour" au traditionnel faire-part. Ils ont sans doute choisi un modèle de texte proposé par l'imprimeur.
Les gens ne sont pas capables de voir ce qu'un tel faire-part induit, et laisse deviner du regard des parents sur leur enfant.


"A temps pour l'apéro" : le gamin est à peine né qu'on le marque au sceau de la beauferie.
"Je suis grand, beau et fort" : il n'a même pas eu le temps de vivre dix jours qu'il est déjà soumis au culte du corps, de la performance, de la perfection physique.
"Les infirmières sont mignonnes" : le nouveau-né se trouve déjà hypersexualisé, qui plus est de façon légèrement vicelarde.
"Bref, je m'éclate" : même pas encore construit, il est déjà éparpillé.
"Venez vite me voir" : il n'a déjà plus le temps de vivre, il faut se dépêcher.
"J'ai hâte de vous connaître" : non seulement on lui confisque la parole du début à la fin en lui faisant dire n'importe quoi, mais on projette sur lui ses propres désirs (il faut bien sûr comprendre de la part des parents : "Nous avons hâte de vous présenter notre enfant", ce qui serait fort légitime si c'était exprimé ainsi).

Il est consternant de contempler dans les vitrines des imprimeurs toutes sortes de ces faire-parts : il n'en existe presque plus où les parents annoncent la naissance, c'est toujours l'enfant qu'on fait parler en disant "je suis arrivé". La tendance trouve son prolongement dans l'éclosion des blogs de bébés, où les parents n'ont aucun scrupule à parler à la place de leur gamin et à raconter toute sa vie.
Au risque de me répéter : on ne sait plus que les enfants sont des gens.

mercredi, 31 août 2005

Citation

Bon d'accord, j'ai six ans de retard sur tout le monde puisque je viens seulement de commencer Le Théâtre des opérations de Dantec, c'est-à-dire son journal de 1999, et je ne sais pas encore ce que je pense de cet auteur. Néanmoins ce matin je suis tombée sur cette phrase très juste :

« Le fantastique (c'est-à-dire le merveilleux ou l'épouvantable) naît d'un simple regard lucide sur le monde réel. »

mardi, 23 août 2005

Un beau métier

Ces derniers temps j’ai eu l’occasion de discuter successivement avec deux professeurs de lettres.

 

1) Il a presque trente ans, enseigne depuis deux ou trois ans. Nous ne nous connaissons pas, c’est l’ami d’un ami. Il m’explique que ses élèves sont en quatrième.

-- Lui : Normalement au programme de quatrième, il faut enseigner la grammaire, l’orthographe, ce genre de trucs pénibles, mais boaf, c’est chiant pour tout le monde. Moi je leur fais faire des travaux créatifs, ils écrivent de petites nouvelles. Ils sont ravis et moi aussi : on s’amuse, tout le monde est content. Bientôt je passerai l’agrégation pour pouvoir enseigner en fac, parce qu’en fac au moins les étudiants te font pas chier. Tu peux bosser tranquille, faire ce qui t’intéresse, on est cool.
-- Moi, risquant cette remarque : Mais vas-t'en, par exemple, enseigner une langue étrangère à des élèves qui ne savent pas ce qu’est un C.O.D…

Il hausse les épaules et élude en riant. La soirée se passe…

Diagnostic : grave et béante carence de l’idée de transmission.

 

2) C’est une amie depuis des années, qui enseigne depuis deux ans. Elle a eu des classes en collège et en lycée.
-- Elle : Victor Hugo au baccalauréat de français, c’est beaucoup trop difficile ! Il faut se mettre à la portée des gamins ! Et puis, ça ne sert à rien. Il faut faire des cours de français pratiques, qui servent vraiment à trouver du travail plus tard. Par exemple on devrait enseigner dès la sixième à rédiger des lettres de motivation.
-- Moi : Euh… et la littérature ?
-- Elle : Bah oui, bien sûr, garder un peu de littérature au programme, mais franchement, il ne faut pas que ce soit trop difficile pour les enfants. Que veux-tu qu’ils entendent aux grands auteurs ?

Autre conversation.
-- Elle : En ce moment, je ne sais plus que lire. Plus rien ne me plaît, je commence des livres mais tout me paraît nul. Heureusement j’ai lu le Da Vinci Code, ça c’est vraiment prenant. Je m’aperçois que seul le rayon policier-ésotérique (sic) me plaît, désormais.
-- Moi, manquant m’étouffer : Permets-moi de douter quant à la qualité littéraire de ce livre.
-- Elle : De toute façon, tu n’as pas le droit de juger car tu ne l’as pas lu. Ça réhabilite plein de vérités, il y a des révélations étayées sur des sources sûres. Maintenant j'ai bien envie d'essayer Marc Lévy.

Diagnostic : vanité. Car plus on pénètre la littérature, plus on s’aperçoit de l’immensité de l’œuvre humaine à découvrir.

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