vendredi, 18 juillet 2008

Portrait

Il a 35 ans, une femme, deux enfants, une maison. Il s'appelle Christophe. Il roule en Berlingo. Il est prof, sa femme aussi. Récemment il a acheté un chien, à 850 euros parce qu'un chien de race c'est mieux (ça tombe moins malade). Le chien a reçu le prénom qu'aurait eu le troisième enfant – mais finalement il n'y aura pas de troisième enfant puisque les deux premiers sont jumeaux. Toujours souriant, serviable, il est de bonne compagnie. Sa conscience politique le fait s'insurger contre le gouvernement, particulièrement en matière de réductions de postes. Il redoute un retour à la Troisième République, c'est-à-dire à Travail-Famille-Patrie. Il aime faire des blagues pour détendre l'atmosphère, il envoie des e-mails remplis de phrases comme : "Bientôt le weekend, bon courage pour ceux qui bossent !". Christophe est un mec sympa.

mardi, 03 juillet 2007

Déni de réalité

Entendu hier sur France-Info : « Rien ne permet de comprendre comment ces médecins formés en Irak et en Jordanie ont pu devenir des terroristes ». Comme dirait l'autre, la réponse est contenue dans la question...

mercredi, 06 juin 2007

« Plouf économie », © marque déposée

Il est toujours aussi fatigant de rencontrer ce genre d'articles au détour d'un journal... Cette fois-ci, ça a l'air tellement con que j'irai peut-être voir ce soir les trois pelés et le tondu de service faire mumuse avec les galets dans la Saône (de mon temps on y pêchait de petits poissons-chats, c'était nettement plus rigolo). 

 

« À 20 h 07 (07 pour 2007, l’an prochain ce sera à 20 h 08) "en France et dans tous les pays et jusqu’au coucher du soleil, nous ferons un mondial plouf… Alors à vos cailloux… Dans le respect des biens et des personnes, des péniches et caniches, des baigneurs et même des poissons !". L’invitation est signée Philippe Moncorgé, inventeur en 2002 de la plouf économie. Kezako ? "Il s’agit d’un lâcher, d’un lancer de cailloux dans l’eau, ni loin, ni gros, ni petit… Comme on le veut. C’est un acte gratuit, généreux et poétique qui ne crée que des bruits de plouf, des vagues et de la joie", explique l’artiste lyonnais. La plouf économie, c’est toujours le premier mercredi de juin. Chaque année, les ploufeurs sont de plus en plus nombreux; chacun peut faire parvenir le lieu de son choix (un pont, un quai, un lac, une fontaine, voire une baignoire) sur le site www.ploufeconomie.net, illustré par un complice bédéiste, Christian Gaudin. Toutefois un lieu est suggéré pour chaque ville participante (ce soir 1er plouf officiel à Neuville-sur-Saône), c’est ainsi qu’à Lyon, le rendez-vous est fixé quai Tilsitt, à la hauteur de la passerelle Saint-Georges. Au même moment dans une quarantaine de villes en France, on (se) lancera, de Lille à Marseille, en passant par Bordeaux, Montpellier ou Tahiti. Mais aussi dans le monde entier, de l’Argentine à la Nouvelle-Zélande, de la Chine à la Turquie, de Berlin à New York... À 20 h 07, heure locale dans chaque pays, ça fait un plouf par fuseau horaire sur 24 heures, explique Philippe Moncorgé. En fait, il s’agit d’installer une économie poétique mondiale. Comme toute économie, la plouf économie produit, mais des vagues, de la joie, du calme, des rires, s’enthousiasme-t-il. Avant d’annoncer que des contacts sont engagés avec la mairie de Lyon pour trouver un lieu de "training plouf" : un endroit où, toute l’année, n’importe quand, on pourra aller faire des ronds dans l’eau. »

Dominique Thibert, in Lyon Plus, 6 juin 2007

 

Je recommande une visite sur le site en lien dans l'article, remarquable en ceci que les mots « plouf économie » sont systématiquement suivis d'un astérisque... Tiens tiens... Il ne faut pas chercher longtemps pour trouver la mention à laquelle celui-ci renvoie : «marque déposée ». Ah bon ?, je croyais que c'était gratuit, généreux et poétique ?

J'aime beaucoup l'inscription de cette "action" (comment nommer ce truc ? Quand même pas un événement ?...) dans "le respect des biens, des personnes" et de quantité de choses : sans quoi ce ne serait parfaitement moderne.

Pour finir, la dimension internationale vantée dans l'article me fait doucement rigoler. Il faut lire qu'il se trouvera ce soir trois bobos désœuvrés dans quatre ou cinq capitales branchées pour se sentir en communion avec la poésie pendant une minute chrono.

Sans oublier que Lyon est construite sur deux cours d'eau omniprésents, le Rhône et la Saône, ce qui fait pas mal d'endroits où jeter ses cailloux : pourquoi diable la mairie aurait-elle besoin d'aller dépenser nos impôts pour créer un lieu qui y serait dédié ?

Pincez-moi je rêve...  

mardi, 29 mai 2007

Ma mère s'appelle reviens

 Cf. sur le même sujet ma note de l'année dernière.

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« Notre époque, en même temps qu'elle se soude autour de saintes luttes comme celle qu'elle livre contre l'inceste et pour le renforcement de son interdit, se trouve irrésistiblement entraînée, qu'elle le veuille ou non, vers une levée générale de l'interdit de l'inceste. Tout y conduit, et pas seulement les propagandistes frontaux de la relativisation de la famille occidentale "classique" qui passent leur temps à essayer de démontrer que la prohibition de l'inceste "n'a aucun fondement biologique", qu'elle "n'est pas si universelle qu'on le prétend", etc. C'est l'Occident tout entier qui devient incestueux, et de façon d'autant plus irrésistible qu'elle est non délibérée mais pour ainsi dire logique, ne serait-ce que dans l'effacement généralisé de la différence des sexes auquel il travaille et dans le remplacement du patriarcat honni par un néo-matriarcat. L'Occident est profondément travaillé par la question de l'inceste : il l'est à tous les niveaux, aussi bien dans les déballages de linge sale et les levées de l'intimité qu'opèrent inlassablement les médias qu'à travers toutes les mythologies de "libération", de "transgression", de "subversion" et de "décrispation" qui représentent ses ultimes valeurs. 

(...) Il semble bien que nous nous trouvons ici dans une de ces Zones d'indignation protégée (ZIP) où l'on refuse avec véhémence ce que partout ailleurs on approuve, où l'on combat dans un seul cas ce que l'on favorise dans tous les autres ; et où l'on dénonce comme Mal absolu ce qui est en réalité devenu l'unique moteur, donc le Bien absolu et le seul horizon, d'une civilisation sans avenir. »

 

Philippe Muray, Moderne contre moderne, Exorcismes spirituels IV, 2005 

 

jeudi, 12 avril 2007

Addictions

Le blog, c'est comme le tabac : moins je fume et moins j'aime fumer. 

mardi, 27 mars 2007

Aux frites, citoyens !

   Comme j'ai quitté la région lilloise à l'âge de cinq ans, je distingue clairement mes souvenirs de très petite enfance qui y sont situés des autres, plus tardifs, ailleurs. Je me rappelle des virées à la plage de Zuydcoote, où mon père m'achetait parfois une barquette de bonnes frites bien grasses arrosées de vinaigre à manger avec une petite fourchette en plastique coloré. Je me rappelle qu'on disait « Je voudrais une frite » alors qu'en fait on en voulait une barquette entière, ce qui me faisait rire. Je me rappelle, près de la Grand Place de Lille, une vendeuse qui m'en avait enroulé une énorme quantité dans un cornet de papier pour un prix ridicule. Parfois aussi c'était la grande expédition en Belgique, le temps d'aller manger une frite. Le long des routes, sur les places, il y avait partout des fritures. Chez ma grand-mère dans le Pas-de-Calais, mon oncle faisait des kilos de frites quand nous venions déjeuner. Avant la percée du tunnel sous la Manche, nous aimions nous arrêter à Sangatte pour regarder la maquette animée du train dans le local d'Eurotunnel, et cela se finissait toujours près d'une baraque à frites stationnée non loin. À la maison, même après avoir déménagé, nous en faisions quelquefois et toute la famille s'y mettait : l'un épluchait les pommes de terre, un autre les coupait en tranches, un autre en bâtonnets, un autre rinçait à grande eau et ma mère cuisait le tout dans une grande marmite pleine d'huile bouillante qu'il était strictement interdit d'approcher. Parfois elle nous servait nos frites dans un filtre à café en jouant à la vendeuse, quand nous étions ravis de faire semblant de lui acheter ces cornets. 

   La dernière fois que je suis entrée dans une brasserie lilloise pour en manger, je me suis retrouvée devant une assiette de frites surgelées... Samedi, me trouvant de nouveau dans le Nord, j'ai demandé à des Lillois des adresses de baraques à frites. Réponse unanime et spontanée : « Oh là là, ça n'existe presque plus ! Cela va être très difficile à trouver ! ». Dimanche en Belgique, même question aux Belges, et même réponse. « C'est la faute à l'hygiène ! À cause des règlements européens, on n'a plus le droit de vendre de la nourriture de façon itinérante. Les exigences sanitaires sont drastiques et condamnent automatiquement toutes les baraques. » Que des lois émanant de Bruxelles soient parvenues à tuer en quelques années l'un des principaux traits de la culture de cette région laisse deviner l'étendue de leur puissance dévastatrice... 

   Avis aux amateurs, il y a encore un résistant dans sa baraque à l'entrée du parc de la Citadelle.

lundi, 29 janvier 2007

La culture pour tous

France-Culture aime à se délocaliser. L'an passé, toutes les émissions avaient été présentées le temps d'une semaine depuis la médiathèque John Lennon de La Courneuve (ça m'est resté...). De temps en temps, les journalistes nous parlent depuis un autre pays, comme si l'information était meilleure ou différente parce qu'on leur a payé un voyage en pension complète. Il n'est pas ici question des correspondants à l'étranger, non : il s'agit bien de présenter les mêmes émissions que d'habitude, mais ailleurs. Si l'on ne le lui rappelait pas tous les quarts d'heure, l'auditeur n'entendrait sans doute guère de différence. 

Aujourd'hui, ils sont tous à Beaubourg. Depuis ce matin on les entend se succéder dans le hall du centre Pompidou, avant même l'entrée du public (depuis 10h, il y a un peu plus de brouhaha, mais c'est ça l'info vivante !). À 9h, l'émission « La Fabrique de l'Histoire » recevait Jean-Hubert Martin qui travaillait là les premières années et qui put raconter les transformations du lieu au fil des décennies. Tout cela dégouline de bonnes intentions : rendre la culture accessible, créer un lieu convivial, démocratiser, etc. Pourtant, pas plus tard qu'à la septième minute de l'émission (écoutable ici), on apprend que le hall fut très vite malencontreusement fréquenté par des gens – les salauds ! – qui ne pensaient qu'au chauffage du lieu et qui n'en avaient rien à faire de la culture. De surcroît, tenez-vous bien, « ce forum ressemblait à une gare allemande avec beaucoup de Turcs et de gens d'Europe centrale qui venaient là et qui discutaient pendant toute la journée parce qu'ils étaient au chaud en hiver. C'était un des grands problèmes parce qu'on aurait voulu faire de ce hall d'entrée un lieu toujours plus convivial, y mettre en particulier des bancs pour s'asseoir. Or, évidemment, si on avait fait ça, ç'aurait été encore pire, on aurait eu encore plus de gens qui seraient venus là se chauffer en hiver.»

Ha ! Quelle rigolade d'imaginer la tête de tous ces cultureux de gauche bien en place suintants d'amour pour un peuple fantasmé, et qui se retrouvent avec des Turcs et des Roumains qui viennent palabrer au chaud dans le mépris total des œuvres auxquelles on leur a pourtant si généreusement permis l'accès. 

Cette pensée m'aidera peut-être à patienter dans le froid la prochaine fois que je serai dans la file d'attente dehors...

lundi, 22 janvier 2007

« Sisyphe le sourire aux lèvres »

Étrange manière de galvaniser ses troupes… Hier lors d’un meeting (entendu ce matin à la radio), José Bové a sorti à ses camarades de la gauche anti-libérale un argument bien singulier : « Sisyphe il continue à monter à la montagne, est-ce que Sisyphe il est désespéré ? Non, parce que Sisyphe il est comme nous, il a le sourire aux lèvres quand il roule son caillou parce qu’on sait qu’au bout du compte, eh bien, on arrivera à franchir le sommet de la montagne. » (sic)

Ovation générale, baume au cœur des militants. 

 
Prométhée il est content qu’un aigle lui bouffe le foie tous les matins, parce qu’il sait qu’il repoussera !
Œdipe il rigole en se crevant les yeux, parce qu’il sait que cela empêchera la malédiction sur ses enfants ! D’ailleurs Antigone est une ado sans problèmes et bien dans sa peau.
Tantale il est satisfait d’avoir perpétuellement faim et soif, parce qu’ainsi il est solidaire avec Action Contre la Faim !

 
Il va falloir se dépêcher de repeindre quelques tableaux mythologiques avec des Sisyphe rieurs pour effacer ceux qui encombrent nos musées de souffrance, il va falloir aussi réécrire quelques Électre insouciantes pour oublier ces affreux mythes antiques gratuitement méchants et cruels qui font rien qu’à faire cauchemarder les enfants. Ne cherchons plus, de toute façon l’avenir est dans l’altermondialisme en chantant.

dimanche, 07 janvier 2007

Épiphanie

Cette année dans la galette des rois, il y avait la fève la plus incongrue de toute l'histoire de la pâtisserie (et de la chrétienté) : un train marqué en gros "TGV". J'en ris encore. 

lundi, 13 novembre 2006

Médiocrité de la jeunesse

Les jeunes sont des cons. Suffisants, confits dans une fière inculture, ils se croient sortis de nulle part, thuriféraires d'un présent frénétiquement présent, et se permettent de juger toute l'Histoire à l'aune de leurs valeurs modernes prétendument parachevées (ce qui est un non-sens et la preuve de sévères incapacités mentales, mais passons). Quand ils sont journalistes, c'est encore pire.

C'est ainsi qu'une sombre conne festive et cool, qui probablement ne voit pas le problème, ose écrire en édito du Petit Bulletin lyonnais de cette semaine : « En novembre, il n'y a pas vraiment de quoi se réjouir. Toutes les fêtes un peu rigolotes ayant déjà été attribuées à des mois plus chanceux, novembre a dû se contenter des restes : la fête des morts et l'armistice d'une guerre chiante dont il ne restera bientôt plus aucun survivant. » Mademoiselle a trouvé une accroche sympa pour son article, elle peut désormais pérorer sur l'arrivée de Noël et la vigueur du café-théâtre à Lyon. Peu importe l'insulte au passage aux millions de ses compatriotes qui sont allés se battre et mourir, peu importe puisqu'ils sont morts, que c'était il y a longtemps (comprenez, Mademoiselle n'était pas née), qu'on ne va pas se prendre la tête avec des trucs chiants qu'on ne comprend pas. Nous vivons dans un monde de paix, d'ailleurs la guerre c'est mal et nous crachons dessus ! Comme si nous ne célébrions l'armistice que parce qu'il reste encore des poilus en vie... Je suis écœurée par tant d'inconséquence et de bêtise crâne. 

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